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Une poupée pour jouet

samedi 28 avril 2007, par Claire Mélanie :: Interlude ::Textuel ::

Une poupée de déchirure,
écartelée, secouée, martelée,
Une poupée qui brûle, chiffons si fragiles,
Une poupée dévissée, petite folle sans appui,
Elle est là, elle se fendille, retiens, mais retiens là,
rattrape de tes mains ce que tes mains séparent !
Elle s’écoule, goutte de sable, goutte d’eau, son corps
s’épuise, les grains fuient.
La course violente, l’entrechoquement, poupée, d’un seul coup,
explosée, une bombe oui une bombe en elle, le rappel du temps, les
convulsions : l’artifice ultime, l’explosion.
La chaleur encore, même nue, petite poupée, même éparse, lambeaux
du joli, lambeaux du convenable.
Rassemble et recouds maintenant ! Car elle s’agite, elle survit : une graine,
si fine, si fine, translucide a happé son coeur et le maintient tout juste,
le maintient devant le précipice.
L’aiguille pique, renouer est douleur,
petite poupée.
Tu aurais dû le savoir.


Les groupes sont formés, trois à quatre grands cercles. De l’un commence à s’élever le son des tambourins, maracasses et autres tam tam, deux feux s’allument et le rythme se fait plus fort. La jongleuse fait alors tournoyer ses chaînes enflammées avec aisance. Les autres groupes s’enthousiasment, battent des mains, crient des encouragements.
Mais voilà que Monsieur le Gardien arrive. Que veut-il ? Il semble non pas mécontent mais devoir faire appliquer certaines règles. Il bouge les mains dans une mime qui veut dire : "cessez donc" ; puis je l’entends dire "stop", "stop". Mais rien ne cesse. Les feux continuent leur mouvement, le rythme continue d’être frappé. Les encouragements s’accentuent. Un jeune adulte anglais et un adolescent (tout deux de groupes différents) se lèvent alors et vont danser autour du gardien, qui s’en trouve un peu paralysé.
La scène reste dans le bon enfant, le gardien essaye encore de protester mais comme répondant à une habitude, sans conviction. La discussion s’engage et le spectacle continue. Le gardien devient alors lui même spectateur et reste écouter les chansons qui suivent. Il siffle de temps en temps des gens qui contreviennent aux règles, mais le coeur n’y est plus. Il ne bouge pas du lieu de musique. Il n’est plus le gardien, la journée est bientôt finie, il n’y pas de danger, pas de menace, laissons les jouer.


Notre société française aime les traditions, cultive tout particulièrement les traditions culinaires. "Les bons plats à la française", "La cuisine française", sous-titrent nombre de restaurants à Paris comme ailleurs.

Que sont ces plats ? "blanquette de veau", "rôti de veau, "gigot d’agneau", "pavé de boeuf", "côtes de porc", "steack tartare". La liste est longue. Que voyez-vous, qu’imaginez-vous à l’évocation de ces menus ? Sentez-vous la bonne saveur de la viande en sauce ? Crème, vin, épice, herbes, thym peut-être ?

Mais vous êtes vous jamais demandé, honnêtement, ce qui se cache derrière ces "bons petits plats" ?

Comme vous, j’ai fait partie de ceux qu’un rôti de veau, bien cuit, à l’heure de midi, amenait à table sans rechigner : oignons grillés, petites pommes de terre, de ceux qui apprécient sans arrière-pensée les fameuses saucisses-frites si simples, si rustiques, si vacancières. J’ai été élevée dans un environnement traditionnel qui faisait mijoter cette cuisine. A tel point qu’ont été présentés devant moi les plats les plus étranges qui soient (mais déjà à l’époque répoussants) et à côté desquels le menu servi à Indiana Jones dans "Le temple maudit" ne paraît ni si exotique, ni si barbare : pied de porc, foi, cervelle, chevreuil.

Bizarrement, je n’associais pas cette nourriture à l’animal qu’elle était. Ce n’était que des aliments. Même, aller dans une boucherie me laissait indifférente. Le sang, les couteaux, les restes. Tout semblait normal. Pourquoi ne pas associer la nourriture et l’animal alors même que les boucheries pouvaient (peuvent) présenter les corps dépecés, quasi-entiers parfois, des bêtes qu’elles vendent ? Par peur du lien sans doute, garder l’esprit tranquille, formaté par les "la viande c’est bon pour la santé", "la viande, c’est bon" (tout court). Comment faire autrement, jeune, inconsciente ou plutôt insouciante, ce qui apparaîtra moins comme une excuse et environnée de viandes normalisées.

Au lycée, quelques vagues réflexions entendues par-ci par-là ne suffisent pas à me tirer de cette habitude alimentaire. Ce n’est seulement qu’en discutant avec certaines personnes, puis en cherchant ensuite moi-même sur Internet des éléments que j’ai été sensibilisée à ce problème. C’est à dire, voir vraiment ce qu’il y a dans toutes ces assiettes. Des animaux morts, en quantité et en perte, pour nous nourrir , nous, êtres jamais rassasiés qui bien souvent ne finissons pas nos assiettes. Des animaux morts, sans défense, ayant vécu pour répondre à nos besoins.

L’argument le plus fréquent à ce point de la discussion est alors : "mais chaque animal de cette planète est le prédateur d’un autre animal", "c’est la nature", "il faut bien se nourrir". Certes, beaucoup d’animaux tuent pour se nourrir. Mais ils ne tuent que dans l’extrême limite de leur besoin. L’humain, lui, tue à échelle industrielle, sans mesure et sans recul. Par ailleurs, l’humain se prévaut d’être une espèce évoluée dans une des caractéristiques premières ets la possibilité du choix. Or l’humain n’est pas classé parmi les carnivores, jusqu’à preuve du contraire, l’humain reste omnivore.

Ces animaux ne sont pas seulement morts pour nos appétits carnassiers, ils sont morts dans la peur et la souffrance. Allez donc vous renseigner sur les conditions de vie des poules et poulets élevés en batterie, sur le gavage de l’oie (vous savez, celui qui permet d’obtenir ce mets si goûteux et si cher, le foi gras), sur la façon dont meurent les vaches dans les abattoirs, sur le transport du bétail et bien d’autres.

Manger ou ne pas manger de viande : la réponse réside dans une simple prise de conscience. Vous aimez la viande ? Avec cette conscience-là, vous saurez vous en passer.


N.B. Remarquez comment les publicités de quick font pourtant aujourd’hui le lien direct entre leur hamburger et la viande qui s’y trouve. Seulement, les rôles sont un peu chamboulés : le cochon est joyeux, le boeuf est heureux...

Pour une série de liens pertinents sur le sujet, cliquez ici


Dans un train en partance de Saint-Lazare, endormie comme un dimanche matin où l’on doit se lever pour un de ces rituels familiaux, nostalgique, douceureusement embué, comme intemporel, loin de la semaine trépidante.

Le paysage défile depuis quelques gares déjà, Asnière, Bécon-les-Bruyères, quand une voix tournée vers l’univers me tire de ma torpeur. Mon coeur s’en ressent, mon corps se tend : des paroles comme psalmodiées, des paroles vers l’absolu, comme nées d’une transe et d’une pensée qui aurait rejoint la vibration ultime des êtres de cette Terre.

Des paroles confuses : mon esprit intrigué et hypnotisé subit la sensation de vivre une expérience mystique, une révélation. Mais que dit cette femme drôlement habillée ? Elle évoque les arbres,elle évoque les sons, elle répète et répète encore les mêmes mots, d’une voix qui paraît lire un poème déjà écrit. Un poème d’espoir, un peu de mélancolie car s’enivrer de l’espace de la nature c’est savoir aussi que cet espace souffre. Je la regarde, cette femme, non, pas de livre, pas de papier, peut-être seulement sa mémoire ?

Je reste dans l’incertitude, dehors les villes ont laissé arbres, buissons et herbes hautes s’installer. Et la voix se fait mélodie, un air indéfinissable relaie la force des paroles. Je veux les noter, ces paroles, mais je n’ai rien sur moi, je ne sais même plus si je les entends ou alors si portée par l’amorce mystique, je ne forme pas moi-même mon propre chant, un souffle imperceptible, difficile à faire exister dans le conscient.
Je voudrais que ce bercement ne cesse jamais,que l’élévation persiste. Mais la femme, avant moi, se lève et descend du train, en laissant s’effilocher derrière elle les dernières bribes d’une puissance spirituelle qui appelle les larmes de la compréhension.

Voici un extrait des mots qui , non pas me restent, car ce ne sont pas les siens, mais qui surgissent à moi si je repense à cet instant.

"Arbres vous êtes
Arbres vous fûtes.
Le souffle existe par la bouche qui souhaite
L’air est celui qui décide du sens de la vie,
La vie est ce qui sans cesse vibre,
contre nous, pour nous, avec nous.
Ce qui berce s’envole, les feuilles ont tourné les yeux
Vers l’horizon et ont décrété la venue de la lumière.
La lumière s’affirme dans un cri, brutale, sauvage, salvatrice.
Elle charrie dans son tumulte
l’espoir."
Aujourd’hui encore, le sursaut m’est venu lorsqu’une femme a prononcé, parmi des invectives et des insultes : " J’ai une flamme sur la tête pour que je souffre autant". La souffrance, oui, exprimée si directement avec une image si lucide...


Rendez-vous avec un ami pour aller observer l’atmosphère autour d’un appartement. Quelques minutes d’attente, regardons les devantures.
Mais voilà que ça vit là-dedans, madame souris est à l’aise et trotte entre les fers à repasser et la vaisselle en tout genre. Elle renifle, oui, c’est bien ma présence qu’elle a senti, car elle fuit. Vite, la photo, oh non ! j’ai encore oublié que je devais libérer l’objectif de sa coque ! Trop tard, la souris a disparu.
Elle réapparaît : cette fois, c’est bon, je la tiens, enfin presque... lenteur de la technologie, vivacité de la bête : je n’en aurai eu que le bout de la queue.


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Auteur : Claire Mélanie
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