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Henri Cartier Bresson, un observateur consciencieux : des clichés reflétant le XXème siècle

mardi 10 juin 2014, par Laëtitia T. impression

Mots-clefs :: arts visuels :: Photographie ::

Du 12 février au 9 juin 2014, le Centre Pompidou offrait une rétrospective des œuvres d’Henri Cartier Bresson. L’exposition permettait de découvrir le travail colossal d’un des plus fameux photographes du XXème siècle.


Un style distinct lié au mouvement surréaliste

Au gré de la visite, on découvre les particularités des créations du photographe proche des idées surréalistes promues par André Breton.
Dans ses captures et plans, Henri Cartier Bresson mise sur des jeux d’ombres et de formes, il s’attarde sur l’aspect géométrique pour concevoir ses compositions.

On remarque aussi qu’il apprécie réaliser des séries spécifiques comme celle sur le repos. Elle sont vouées à mettre en avant ce phénomène de sieste permettant d’intégrer l’inconscient tant adulé par les surréalistes.

D’autres concepts typiques de ce courant sont utilisés dans les prises de vue. Tout d’abord l’explosante-fixe qui est selon Breton, l’état d’un objet que l’on voit simultanément en pleine impulsion et immobilité. Henri Cartier Bresson saisit des personnes en mouvement, les rend alors fixes tout en parvenant à transmettre l’idée d’action prise au vif.

Ensuite, apparaît la notion d’érotique-voilée qui est liée à la faculté d’un objet à en rappeler un autre. Le motif est pourvu de « puissances associatives et interprétatives » d’après l’auteur du Manifeste du surréalisme, encore une fois.
Le photographe construit des images à partir de ce principe.
Il utilise des étoffes pour intriguer le spectateur désireux de découvrir ce qui est dissimulé.

Enfin, le principe de Magique-circonstancielle est déployé. Cela fait référence à la puissance du hasard en lequel il croit énormément.
C’est le cas lorsqu’il déclenche l’appareil et qu’au même moment, un vent furtif déplace un rideau sur l’homme lisant un journal qu’il avait pour sujet. Cela forme une sorte de « tête de nœud » insolite.

L’aspect social dans de nombreux projets

Le photographe s’engage et met à profit son art pour le social. Il travaille pour la presse communiste et n’hésite pas à défendre ses valeurs. Il souhaite donner une place aux marginaux. Il accorde de l’importance aux péripatéticiennes mexicaines souvent déconsidérées. Une série de clichés s’oriente aussi sur les mendiants et sans abris de France, d’Espagne et du Mexique afin de mettre en avant la misère et la pauvreté.

D’autre part, il rend visible les événements de la libération après la seconde guerre mondiale et montre des points clefs de la fin du Reich tels que l’immeuble de la Gestapo. Il faut savoir qu’en 1940, il est fait prisonnier dans un Stalag dont il s’échappe en 1943. De retour en France, il intègre un groupe de résistants communistes. C’est donc naturellement qu’il réalise, en Allemagne entre 1944 et 1945, le film Le retour au sujet des prisonniers qui sont libérés et rejoignent leur patrie.

Ses photographies : des témoignages historiques flagrants

À travers l’exposition, il est aisé de faire un bond dans le temps. Ces multiples clichés sont des traces d’antan fulgurantes. Henri Cartier Bresson a fondé l’agence Magnum en 1947 avec des confrères dont Robert Capa. Il s’est alors adonné au photo-reportage. Ses créations sont exploitées dans de nombreux journaux français comme internationaux. Elles attestent de grands événements historiques
tels que l’assassinat de Ghandi en 1948 ou encore la même année en Chine, la fin du Kuomintang de Tchang Kaï-chek vers le communisme de Mao Zedong. Il a donc pu se faire le relai de moments importants en se rendant dans les divers points culminants du globe.

Il a également mis l’accent sur le quotidien des individus à travers les continents. C’était déjà le cas lorsqu’il se focalisait sur les réactions vivaces de la foule lors du couronnement du roi George VI en Angleterre en 1937. Il s’impose comme un maître de l’objectif tourné vers l’autre, le peuple.

En 1954, il établit un reportage sur les Russes après la mort de Staline pour montrer que ce sont des personnes ordinaires.

Par ailleurs, de 1968 à 1970, il dresse des clichés des Français pour laisser des souvenirs de la nation durant cette période de métamorphoses sociétales. Son ultime projet Vive la France est publié dans le Reader’s Digest en 1970.

Son regard, à l’affût des instants propices à pérenniser, a permis de conserver de multiples souvenirs de ce temps riche en événements.

Une polyvalence exemplaire

De sujets artistiques aux projets sérieux, son œuvre est des plus complètes. Bien qu’il ait préféré saisir l’instant spontanément, il a également dressé des portraits d’hommes majeurs de l’époque dont Truman Capote, Henri Matisse, Pablo Picasso, Albert Camus ou encore Jean-Paul Sartre. « Faire un portrait est pour moi la chose la plus difficile. C’est poser un point d’interrogation sur quelqu’un » exprimait-il.

Il a certes toujours privilégié le noir et blanc, néanmoins, il a aussi utilisé la couleur dès 1950 par nécessité, afin de convenir aux nouvelles normes de magazines et journaux. En outre, il a un lien avec le milieu du cinéma à la fois en tant que réalisateur, qu’acteur, mais aussi qu’assistant de Renoir notamment lors du tournage de La vie est à nous. Quant à la fin de sa carrière, il s’est surtout consacré au dessin en réalisant des autoportraits au fil du temps.
C’est incontestablement un artiste touche-à-tout dont l’implication est de grande ampleur.

L’exposition scrupuleusement entreprise par le centre Pompidou permettait de s’imprégner pleinement de l’œuvre de cette grande figure plurivalente dotée d’une minutie et dévotion extrême.

« Photographier : c’est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait. C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre. »


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