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Ionesco, "Rhinocéros", Acte II, pistes d’étude

« La rhinocérite de Jean », Acte II, de p. 160 « Jean, soufflant bruyamment » à « la poussée contraire que l’on devine », p. 164.

mercredi 22 avril 2020, par Corinne Godmer

Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs analyses de texte. Ci-dessous des notes et pistes d’étude.

« La rhinocérite de Jean »

Problématique  : En quoi et pourquoi cet extrait appuie-t-il l’irréversible coupure de deux univers ?

I) La mise en scène de la transformation

a) La transformation physique et mentale de Jean.
La transformation se joue autour des manifestations auditives puis des paroles. Importance des didascalies qui nous renseignent sur la progression de cette transformation.
b) Jeu de scène
Jeu de scène avec les entrées et sorties dans la salle de bains de Jean. Ce jeu retarde le moment de la découverte pour Jean.
c) Complicité
Se noue alors une complicité avec le spectateur qui lui comprend qu’il y a une transformation en cours. Il aperçoit les manifestations que Bérenger ne voit pas. Il entend ce que Jean pourrait entendre mais n’entend pas.

II) L’impossible dialogue

a) Deux mondes en mouvement
La scène donne l’impression de poser côte à côte deux vécus et deux mondes différents. D’un côté, une discussion « philosophique » s’engage, de l’autre, la transformation physique de Jean est en cours, sans interconnexion entre les deux. Le dialogue n’est plus possible puisque les deux personnages semblent se déplacer peu à peu dans des univers différents.
b) Une difficile caractérisation
La scène est à la fois grave et drôle puisque Bérenger s’obstine à vouloir mener une discussion philosophique mais ne se rend pas compte des changements concernant son ami.
c) La vision de l’autre
Le sens même de la discussion aurait dû orienter Bérenger (« La nature » p. 159 ; « Les marécages ! » p. 164). Pourquoi ne l’entend-il pas ? « Bérenger « Si je comprends, vous voulez remplacer la loi morale par la loi de la jungle ! » / Jean « J’y vivrai. J’y vivrai. » (p. 159) ». Et où est le dialogue si chacun parle de lui-même sans entendre autrui ? Quelle est la place d’une discussion, quelle est la place de la philosophie ?

III) Idéologies en opposition

a) L’opposition des discours
« Humanité », « humanisme » (p. 161) et « morale » (p. 159), le choix du vocabulaire est signé. Les grognements représentent la manifestation la plus tangible de l’animalité, avant même la visualisation. La perte de la parole symbolise celle de l’humanité.
b) Les symboliques
Jean symbolise l’animalité et l’instinct grégaire, et par sa transformation, la montée des idéologies totalitaires. Bérenger semble maintenir la dernière part d’humanité. Notons que Jean utilise un élément de civilisation avancée, la salle de bains, pour se changer en animal.
c) La puissance de l’idéologie
Le changement de Jean constitue un élément important de la pièce, il est visualisé sur la scène, se produit progressivement mais inexorablement. La parole de l’homme, Bérenger, semble impuissante à l’enrayer.

Conclusion : Montée des idéologies totalitaires, humanité impuissante à poser sa parole, la transformation visuelle d’un homme en rhinocéros pourrait s’avérer comique mais relève du registre dramatique.


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