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La vie des autres

mardi 29 mai 2007, par Claire Mélanie

La vie des autres aborde cette période grise de l’histoire allemande, à l’époque du mur de Berlin et de la Stasi. Le film sans conteste évoque ce texte mainte fois traduit en cours d’allemand, celui qui parle d’une voiture qui stationne de jour comme de nuit sur le parking devant l’immeuble du personnage-narrateur, voiture avec deux hommes à son bord.

La scène d’ouverture, au théâtre, est pour le moins inquiétante, on y voit deux hommes déterminés à espionner de près un couple d’artistes, un dramaturge et sa femme, actrice, mais pour des raisons qui déjà divergent.

Le film montre alors l’évolution parallèle de l’officier de surveillance, qui s’est installé en haut de l’immeuble qu’habite le couple et celle du dramaturge. L’un, officier déjà reconnu, apprend à voir les limites de sa mission et les limites de l’ensemble du système. L’autre apprend que cette neutralité, cette bonne entente avec les autorités politiques ne suffit plus pour continuer à vivre, pour rester soi-même.

Le titre d’une partition musicale, "L’homme de bien", cadeau symbolique d’un autre dramaturge poussé au suicide, suffit à comprendre de quoi parle le film : de ces héros de l’ombre, de ces gens qui sont prêts à dépasser les ordres, leurs propres croyances lorsque la conscience tressaille, de ces gens qui sont prêts à en assumer les conséquences, et qui repartent, anonymes, ayant joué leur vie et gagner beaucoup d’autres.

Par petites touches, les scènes d’intérieures, les scènes intimes relayées par les scènes d’écoute, mêlées au scènes extérieures (théâtre, cimetière, rue déserte) construisent cette vie sous surveillance et l’espace de choix.

Pas d’optimisme béat néanmoins dans ce film : on y croit en l’homme mais on désespère aussi de l’homme. Le choix juste ne se fait pas d’emblée, les voies sont ouvertes mais il faut bien souvent une aide pour que celle de la résistance soit empruntée, résistance qui sauve l’être malgré la trahison et la mort.

L’alternance de l’écoute et du face à face lors de la scène du café construit cette tension : s’y jouent à la fois le devenir de la femme et celui de l’officier. Sortir de sa planque, rencontrer celle pour qui l’on devrait rester dans l’ombre, pour la soustraire de la destruction, rentrer plutôt que sortir, tenir le lieu plutôt que fuir.


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