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Curiosité littéraire : L’Histoire de la littérature française de René Doumic

samedi 20 septembre 2014, par Claire Mélanie

René Doumic est principalement connu pour avoir été le directeur de la Revue des Deux Mondes de 1916 à 1937, après y avoir déjà collaboré en tant que critique de théâtre.

Rédigée de 1896 à 1905, son Histoire de la littérature propose une version de son temps, à tendance nationaliste et acerbe, des écrivains, de leurs écrits et de leurs influences. Florilège dans lequel on admirera la phrase critique souvent bien tournée, l’effort de la formule mis au service du rejet de tout ce qui ne serait pas le strict et pur esprit français. On y trouvera également quelques tournures qui font aujourd’hui sourire mais qui sont uniquement le reflet de l’analyse littéraire du début du XXème siècle.

Il reste toujours éclairant de voir comment la littérature et son analyse peuvent être politiques, influencées par le climat moral et social d’un temps et comment les outils d’analyse des oeuvres ont évolué.

Voici donc quelques premiers extraits qui seront progressivement complétés.

Sur les poètes du XIVème siècle : "Leur premier soin est de suppléer à l’imagination qui leur manque par la science du rythme, qu’ils compliquent à plaisir", p.81.

Sur le XVIème siècle :

" Nos rapports avec l’Italie ont contribué à faire passer dans la langue beaucoup de termes d’emprunts [...]. L’imitation de l’Italie est une mode aristocratique et courtisanesque. Ronsard, Du Bellay, Henri Estienne eurent le bon goût d’attaquer vigoureusement cette importation", p. 93.

Sur les prédécesseurs de Marot :

"il n’y a rien de plus misérable que les productions de cette école poétique", p. 95. Avec l’exemple ensuite donné - quelques vers de Jean Molinet - on serait tenté de comprendre ce point de vue tranché. Les vers cités nous évoquent quelques mauvaises paroles de rap - mise en scène de soi pour ne rien dire.

Molinet n’est sans bruyct, ne sans nom, non !
Il a son son, et comme tu vois, voix ;
Son doux plaid plaist mieux que ne faict ton ton.

Sur Rabelais :

"Rabelais a la verve et l’imagination qui font le grand écrivain : il n’a pas le goût qui fait l’artiste", p. 137.

Sur Marguerite de Navarre :

" Brantôme nous dit que Marguerite composa ses nouvelles " dans sa lictière, en allant par pays". On s’en aperçoit aux négligences de la forme : la phrase, très claire, est lente, paresseuse ; mais cette nonchalance même en fait le charme", p. 139.

Sur Montaigne :

" [Son] éducation fut empreinte d’une grande mollesse, si, comme le dit Montaigne, le père poussa la complaisance jusqu’à faire éveiller l’enfant au son des instruments, pour lui éviter la brusquerie de la transistion. Par là s’explique un côté du caractère de Montaigne", p. 169.


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