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Un poète contemporain : cinq questions à Thierry Cabot, le poème du 24

samedi 24 octobre 2009, par Claire Mélanie, Corinne Godmer impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Poésie ::

Suite à un échange courriel avec Thierry Cabot, que nous vous présentions, lui et sa poésie, ici, nous avons choisi, pour continuer de vous le faire découvrir, de lui donner la parole, autour de cinq questions préparées par Corinne pour l’équipe Eclairement, questions un peu provocatrices parfois sur le geste d’écriture et sur le rapport de l’auteur à sa poésie.


Eclairement : Le salut passe par l’écriture mais celle-ci s’organise autour de l’ordinateur,
version moderne de l’acte d’écrire. Est-ce que lui manque le geste d’écrire,
c’est-à-dire le contact du papier, le geste de la main ? Les deux attitudes
peuvent-elles coexister ou n’est-il question que de modernité, d’un nouveau
geste à poser et à poursuivre ?

Thierry Cabot :
Si l’écriture a évidemment joué un rôle décisif dans l’histoire des hommes, n’oublions pas que les sumériens l’ont adoptée pour donner une matérialisation à leurs actes de commerce.
C’est en effet plus tard que les fameuses tablettes d’argile verront naître la littérature, entre la mythologie et l’épopée.
Ces donnnées factuelles recueillies voilà cinq mille ans en Mésopotamie doivent donc inciter les artistes que nous sommes à plus de modestie, voire d’humilité.

Le salut passe-t-il par l’écriture ? Ce vocable à forte connotation religieuse ne correspond pas à ma démarche littéraire. Je préfère, pour ma part, parler d’accomplissement.
D’ailleurs, combien de musiciens, de peintres et de sculpteurs pourraient, à bien des égards, reprendre cette expression à leur profit !

Il me semble que l’entrée fracassante d’Internet dans l’univers de la création a eu plus d’effet sur sa diffusion que sur sa nature même. A titre personnel - mais on ne saurait occulter ici la dimension générationnelle - le geste d’écrire passe par le contact du papier où entre à l’évidence une bonne part d’affectivité.
Enfant de Gutenberg, je n’affronte l’écran que pour y déposer un texte achevé, fini. Pendant l’élaboration d’un poème, j’aime ainsi biffer un mot, raturer une phrase, noircir une strophe d’annotations.
Quelquefois "sur le vide papier que la blancheur défend" j’ai les ailes coupées, et la panne d’inspiration se transforme en véritable douleur.
L’oeuvre enfin mise au propre, l’ordinateur prend aussitôt le relais. Là, quelque peu ému, je redécouvre mon texte avec une fierté mêlée d’inquiétude. D’autres yeux vont bientôt se poser sur lui à travers un phénomène de "re-création". Déjà, il ne m’appartient plus.

Quelle que soit en dernier examen l’orientation de nos choix, force est d’admettre en tout cas que l’irruption dans le champ culturel des nouvelles technologies de l’information et de la communication a non seulement modifié notre rapport à l’écrit mais aussi fait vaciller des industries fort anciennes. Sans doute est-il encore trop tôt pour en mesurer toutes les conséquences.

Eclairement : Les nombreuses références aux poètes, « l’aube », « mon or », « azur », pour
n’en citer que quelques-unes, visent-elles à moderniser le passé, à l’emmener
avec lui ? ou s’agit-il de reprendre les « vieilles luttes » pour les mener à
bien ?

Thierry Cabot :
Il s’agit moins à mes yeux de moderniser le passé ou de reprendre "les vieilles luttes" que de tâcher de saisir, à travers les mots que vous citez, l’éternité qui sommeille en nous.
Dans mon travail d’écriture, j’attache une extrême importance à la charge poétique des termes choisis, à leur euphonie et à leur mystère.
Au fond, chaque écrivain marque une prédilection particulière pour certains mots, riches eux-mêmes de substance, d’émotion et de musicalité.

Eclairement : Détresse et souffrance dérivent-elles de l’absence de l’autre, de la solitude,
ou est-ce un état intérieur dérivé en saison ? (comme l’hiver par exemple)

Thierry Cabot :
La détresse et la souffrance peuvent à la fois dériver de l’absence de l’autre, de la solitude et, sous la forme d’un état d’âme, s’incarner dans l’image mélancolique d’une saison, par exemple l’hiver.
Je dois, au demeurant, confesser mon goût pour cet "entre-deux poétique" où l’on ne sait plus si c’est l’arbre qui gémit ou l’homme qui pleure.

Eclairement : Les poèmes renvoient souvent à la vieillesse -réelle ou de papier- de lassitude.
Existe-t-il un âge de l’espoir ou bien le désespoir est-il continu ? cf le poème
sur l’enfance et le difficile rapport à l’institution scolaire

Thierry cabot :
Je crois qu’il n’existe pas d’âge de l’espoir ou du désespoir. Le poème "Les vieilles personnes" composé dans ma vingtième année, côtoie le poème Paysage" écrit vingt-sept ans plus tard. Au spectacle de la déchéance décrit dans la fleur de la jeunesse, s’oppose alors avec vigueur l’aspiration à la vie rayonnante sous le soleil de la maturité.
En définitive, la vieillesse n’est affaire pour moi que de perception.
Quant à la lassitude dont vous avez ici et là si pertinemment décelé la présence, elle est à mon avis cent fois, mille fois contrebalancée par l’énergie insufflée à nombre de mes textes. Une énergie où la foi tente de se frayer un chemin.
Il faut bien "s’en sortir" eût claironné Henri Michaux.

Parlons enfin de l’institution scolaire.
Le savoir m’a toujours séduit, au rebours de l’école. A la grande consternation des enseignants (pour la plupart expérimentés) l’ennui et la rêverie en classe absorbaient au moins une heure sur deux mon jeune et rebelle cerveau. Ce n’est hélas ! qu’à l’université que le plaisir d’apprendre a trouvé un espace favorable à son épanouissement.

Eclairement : Y-a-t’il un regret de l’écriture ?

Thierry Cabot :
L’écriture ne m’a inspiré aucun regret significatif. En revanche, j’eusse aimé être musicien.

Eclairement : Pour conclure ?

Thierry Cabot :
J’espère que cet échange permettra aux lecteurs de mieux me connaître.

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