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Salon littéraire du 21 mai 2016 - Compte-rendu, première partie

dimanche 29 mai 2016, par Claire Mélanie impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Littérature :: Poésie ::

Voici le compte-rendu de la première partie du 8ème salon littéraire de Jean-Olivier, Au seuil de l’hakoustique, avec la riche participation de Minh-Triêt Pham et l’aimable accueil de la bibliothèque Saint-Simon du 7ème arrondissement de Paris.

A venir : les ateliers d’écriture du salon et le temps dédié à l’échange avec Minh-Triêt Pham.


Le huitième salon littéraire de Jean-Olivier était consacré au Haïku, et c’est Minh-Triêt Pham qui nous a accompagnés pour cheminer au plus près de la réalité et de ses impressions, en quelques mots.


Crédit photo Chris Esnault

La bibliothèque Saint-Simon du 7ème arrondissement nous accueillait dans ses locaux, par une belle matinée de mai. Quelques mots de Jean-Olivier, en guise d’introduction, permirent de présenter la nature de ces salons littéraires et l’invité, Minh-Triêt Pham.

Le temps de la lecture fut l’occasion de respecter scrupuleusement la variété et l’éclectisme chers à ce moment. Chris présenta Bartabas, Roman, un roman de Jérôme Garcin. Françoise, profitant des livres qui nous entouraient, choisit de piocher dans le catalogue de la bibliothèque, un ouvrage qui l’avait interpellée : Le cœur en dehors de Samuel Benchetrit. Caroline, après mention d’un grand-père qui aimait beaucoup la poésie, proposa une fable de Jean de La Fontaine, « Le vieillard et l’âne ».

LE VIEILLARD ET L’ANE

Un Vieillard sur son Ane aperçut en passant
Un pré plein d’herbe et fleurissant :
Il y lâche sa Bête, et le Grison se rue
Au travers de l’herbe menue,
Se vautrant, grattant, et frottant,
Gambadant, chantant et broutant,
Et faisant mainte place nette.
L’ennemi vient sur l’entrefaite.
Fuyons, dit alors le Vieillard.
Pourquoi ? répondit le Paillard.
Me fera-t-on porter double bât, double charge ?
Non pas, dit le Vieillard, qui prit d’abord le large.
Et que m’importe donc, dit l’Ane, à qui je sois ?
Sauvez-vous, et me laissez paître :
Notre ennemi, c’est notre maître :
Je vous le dis en bon françois.

L’introduction de la poésie dans ce salon fut l’occasion d’une question à Minh-Triêt Pham sur le rapport du haïku à la rime. Le haïku ne se conçoit pas du tout en termes de rimes, même s’il présente d’autres aspects très conceptuels. On considère qu’un haïku se construit sur 17 syllabes. Occasion également d’évoquer l’existence des classiques français au Vietnam. Oui, les fables de La Fontaine sont traduites en vietnamien, oui on lit du La Fontaine. Mais la traduction ne rend pas compte, pour Minh-Triêt Pham de la beauté de l’écriture.

Joëlle, ayant également profité des livres de la bibliothèque à disposition, lut quelques extraits de l’ouvrage Brèves de comptoir de Jean-Marie. Gourio. Les auditeurs furent tous amusés par cet intermède, peut-être finalement plein, si ce n’est de sagesse, d’invitation à la réflexion.

A mon tour de proposer à la lecture quelques poèmes de Marie S. extraits de son second recueil, Les pierres du gué, notes d’écoute.

Catherine, ayant déjà participé à des ateliers d’écriture autour du haïku, proposa quelques unes de ces créations :

L’hiver est morose
les nouvelles sont mauvaises
allez fais-moi rire

Cette lecture est alors ponctuée d’une nouvelle question à Minh, autour de l’illustration des haïkus.
Le haïku illustré à l’encre s’appelle un haïga, un haïku illustré par une photographie s’appelle un haïsha. Question est posée de la redondance des illustrations. Minh-Triêt Pham nous livre sa conception, lui qui a publié un recueil illustré de haikus, Cendres sur le seuil du jour, chez Pippa édition : il faut que les deux soient séparables, que chacune de ces créations apporte un point de vue. Le risque de l’image est alors d’imposer une interprétation du texte. Mais elle peut aussi un être nouveau point de départ, enrichissement, approfondissement.

Maude, comme un contrepoint à l’instant saisi par le haïku, offre à la lecture "Sous le pont Mirabeau", tiré du recueil Alcools d’Apollinaire. Cet ouvrage avait été un des premiers recueils de poésie qu’elle avait lu.

Et, pouvoir de la lecture, du messager, Chris nous a donné à entendre le choix de Martine, qui n’avait pu être présente : des haïkus de Patrick Gillet.

Un papillon blanc
Se prend pour un éventail/
Chaleur de l’été.

Les rémiges noires
Calligraphient le ciel/
Vol du balbuzard.

Pour finir ce tour de table, Minh-Triêt Pham a lu un de ses haikus, qui n’a pas manqué de soulevé questions et narrations ultérieures :

Alzeihmer —
elle n’a pas oublié pour autant
les fleurs de cerisier

Minh nous raconte alors les préalables à ce haïku : une rencontre dans le jardin Saint-Eustache. Dans cet endroit à la réputation douteuse, Minh s’était assis, regardant les fleurs de cerisier. Une vieille dame passe, aux allures un peu SDF. Elle s’arrête, ils discutent. Derrière cette piètre apparence, une biologiste, une botaniste, qui n’a seulement ses esprits que pour évoquer les arbres et les quatre cents espèces de cerisier.

Puis Minh évoque plus en longueur le haïku. Cette forme textuelle doit concilier un aspect vieillot, l’évocation d’une patine et un aspect dynamique, fugitif. Pour Minh, ce qui importe – mais c’est une conception plus moderne du haïku, c’est la belle chute, la chute qui surprend, la chute qui suspend le temps dans un moment « aha », qui construit un mouvement circulaire, d’éclairage avec les premiers mots.

Car il existe en réalité deux canons du haïku, issus du XVIIème et du XVIIIème siècle. La référence du XVIIème, c’est Basho :

Vieille mare
une grenouille plonge
bruit de l’eau

Le débat se lève autour de la possibilité d’une réception pertinente de ce texte. Certains soulèvent qu’il est difficile de dépasser l’éventuelle platitude.
Minh précise qu’il existe d’abord, certes des questions de culture, mais surtout des problèmes de traduction de tous ces haïkus traditionnels. Ils sont traduits, non pas à partir du japonais mais d’une traduction anglaise. D’autres traductions existent, comme « ploc dans l’eau », sauf que ce n’est pas ce que Basho a écrit (car « ploc » existe en japonais).
Un haîku devrait normalement se dérouler en deux temps, avec le moment pivôt. Ici le texte fonctionne plutôt sur trois temps, trois morceaux de phrase juxtaposés.

Dans le canon du haïku, tel que chez Basho, il y a le kigo, c’est-à-dire le mot de saison, l’ancrage saisonnier, ici la grenouille.
La « vieille mare », elle, apporte la patine, le sobre, le zen, entre sauvage et stabilité.
Le haïku doit par ailleurs se lire en une seule respiration. Ce qui reste, c’est l’écho de ce mouvement.

Regardant les 17 syllabes, c’est en réalité relatif. Le japonais fonctionne en effet en mores, ce qui ne recoupe pas la syllabe. Ainsi, Tokyo compte pour trois syllabes en français mais fait quatre mores en japonais to|ki|i¬|o.

Le moment aha correspond à un petit événement, une trouvaille. Minh l’illustre par un autre de ses haïkus :

Perruque carnaval —
une touche de fantaisie
pendant la chimio

Pour écrire un haïku, il faut également bannir les appréciations, éviter les adjectifs. Par exemple, au lieu d’écrire « une belle journée », il faut se contenter de « une journée ». Il s’agit de décrire une scène banale, que chacun peut comprendre. Deux images suffisent.
Surtout, il faut que le haïku ait d’abord été vécu.

Fin de la première partie.


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