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"Phedre", Racine, Acte IV, scène 2, Commentaire détaillé

jeudi 9 avril 2020, par Corinne Godmer impression

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Thésée
1035 Ah ! Le voici. Grands Dieux ! À ce noble maintien
Quel œil ne serait pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d’un profane adultère
Brille de la vertu le sacré caractère ?
Et ne devrait-on pas à des signes certains
1040 Reconnaître le cœur des perfides humains ?

 [1]
Puis-je vous demander quel funeste nuage,
Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ?
N’osez-vous confier ce secret à ma foi ?

Thésée
Perfide, oses-tu bien te montrer devant moi ?
1046 Monstre, qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,
Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre.
Après que le transport d’un amour plein d’horreur
Jusqu’ au lit de ton père a porté sa fureur,
Tu m’oses présenter une tête ennemie,
1050 Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie,
Et ne vas pas chercher sous un ciel inconnu
Des pays où mon nom ne soit point parvenu !
Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine .
1055 C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternel
D’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,
Sans que ta mort encor honteuse à ma mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis ; et si tu ne veux qu’un châtiment soudain
1060 T’ajoutes aux scélérats qu’a punis cette main,
Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaire
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fuis, dis-je ; et sans retour précipitant tes pas,
De ton horrible aspect purge tous mes États.
1065 Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage
D’infâmes assassins nettoyèrent ton rivage,
Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux
Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux.
Dans les longues rigueurs d’une prison cruelle
1070 Je n’ai point imploré ta puissance immortelle.
Avare du secours que j’attends de tes soins,
Mes vœux t’ont réservé pour de plus grands besoins :
Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux Père.
J’abandonne ce traître à toute ta colère ;
1075 Étouffe dans son sang ses désirs effrontés :
Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.

Hippolyte
D’un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !
Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite,
Tant de coups imprévus m’accablent à la fois
1080 Qu’ils m’ôtent la parole et m’étouffent la voix.

Commentaire
Qui parle
Double énonciation au théâtre : Thésée s’adresse à Hippolyte et en même temps aux spectateurs. Hippolyte ne place que deux répliques.
À qui
Thésée parle donc à son fils. Celui-ci à son père. Thésée s’adresse aussi à Neptune pour lui demander aide dans sa vengeance.
Comment
Anaphore « Fuis », vers 1053, 1059 et 1063
Lexique de l’injure : « perfide », v. 1040 et v. 1045 ; « monstre », 1046, « impur » 1046, « horreur » 1047, « souiller » 1057, « horrible aspect » 1064
Lexique de la trahison : « profane » 1047, « infamie » 1050, « traître » 1053 et 1074, « criminel » 1056, « honteuse » 1057, « châtiment » 1059
Violence en elle-même « fureur » 1048 et 1076, « haine » 1053, « courroux » 1054, « opprobre » 1055
Comparaison avec les autres ennemis « brigands » 1047, « D’infâmes assassins » 1066, « scélérat » 1060
De quoi
Thésée laisse éclater une violente colère envers son fils. Cette colère démarre dès le premier vers où elle atteint immédiatement son apogée.
Pourquoi
Thésée ne contrôle plus sa colère. Face à lui, un fils désemparé. La réaction d’Hippolyte attise-t-elle encore plus la colère de Thésée ? Mais il fait appel aux dieux et à Neptune en particulier pour réclamer la mort de son fils.
Une colère toute en démesure, qui atteint son apogée dès les premiers vers par la violence de ses termes mais dépasse la colère lorsqu’elle touche à la condamnation.
L’extrait nous montre une colère qui dépasse l’entendement. Qui serait celle d’un homme, d’un père, d’un mari, puis d’un humain utilisé par.

→ En quoi les paroles de Thésée annoncent-elles une tragédie ?

Introduction
Éléments généraux (histoire littéraire ou genre, registre, etc.) + présentation de l’œuvre Racine, Phèdre, une œuvre revisitée, un théâtre classique, à dominante tragique : un mélange qui amorce déjà le registre de la pièce, le renforce dès son thème, son énoncé : Phèdre, épouse de Thésée, avoue, en son absence, son amour pour son beau-fils, Hippolyte.
Situation du passage Thésée est annoncé mort, Phèdre se déclare à Hippolyte. Thésée revient. Oenone lui déclare, pour sauver Phèdre et expliquer son trouble profond, qu’Hippolyte en est amoureux et que, devant son refus, il a voulu la tuer. En cet extrait de l’Acte IV, scène 3, Thésée fait face à son fils. Thésée laisse éclater sa colère.
Problématique Nous pourrions cependant nous demander en quoi ces paroles de Thésée annoncent-elles une tragédie en suivant le cheminement de la violence.
Annonce du plan Nous pourrions ainsi étudier la violence de Thésée, puis les conditions de sa colère.

I) la violence de Thésée
La violence de Thésée est celle qui s’autorise dans les mots, les actes, l’attitude. Par ses mots ainsi :

• Les mots
Les termes employés appartiennent principalement au lexique de l’injure, des termes variés qui permettent à Thésée de qualifier l’homme en lui retirant cette qualité, c’est-à-dire en le ramenant à un être abject tant moralement et physiquement : Hippolyte est ainsi dépeint comme un « monstre », v. 1046, une « horreur », v. 1047, dont la présence peut « souiller », v. 1057, à l’« horrible aspect » v. 1064, enfin. Il ne s’agit donc pas ici de représenter un ennemi mais plutôt d’insister encore et encore sur l’abjection de celui qui est en face, en l’occurrence son fils, ce qui explique, et la violence, celle ressentie par Thésée, celle exprimée, et l’acharnement, et l’impossibilité d’étendre la palette des reproches voire même à la tracer. Une colère monomaniaque ainsi, concentrée sur un point, qui se marque en se répétant.
Le lexique de la trahison est cependant plus développé dans son nombre, comme dans ses représentations, ce vers quoi il renvoie : « perfide », v. 1040 et v. 1045, « impur » 1046, « profane » 1047, « infamie » 1050, « traître » 1053 et 1074, « criminel » 1056, « honteuse » 1057, « châtiment » 1059, « scélérat » 1060. La trahison s’évoque ainsi dans le geste, « traître », « infamie », dans ses conséquences « criminel », « châtiment » ou « impur », dans le jugement porté « perfide », « honteuse ».
L’exhortation enfin, « fuis » en anaphore aux vers 1053, 1059 et 1063 et la comparaison avec les ennemis qui sont jugés également, « brigands » v. 1047, « D’infâmes assassins » v. 1066, « scélérat » v.1060, permet de situer Hippolyte dans le camp des ennemis donc mais par l’accumulation, de le rendre plus méprisable encore. Notons aussi que sa traîtrise à lui est précisée « profane adultère », au vers 1037 et au vers 1075 « ses désirs effrontés ».

• La confrontation
En vis à vis la défense d’Hippolyte apparaît comme dérisoire. Elle se marque par le vouvoiement, le peu de développement au regard de l’emphase de Thésée. Les termes d’injures sont adoucis en position d’oxymore :

D’un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !
Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite,
Tant de coups imprévus m’accablent à la fois
Qu’ils m’ôtent la parole et m’étouffent la voix.

« Criminel » ainsi est rapproché d’« amour » ce qui lui confère l’excuse du sentiment, en quelque sorte. L’« horreur », de même, est amplifiée par l’adverbe « tel » puis le mot « excès », pour souligner la compréhension de la gravité du geste, son appréhension, mais aussitôt rapprochée de « l’âme », ce qui dépasse cette fois l’humain tout en lui étant consubstantiel, entité à son tour marquée du seau de l’entendement « interdite ». Au sens premier du terme, le mot peut également figurer une telle intensité de monstruosité qu’elle en provoque la mort de l’âme, sa non mobilité, ce qui en fait une âme justement, une essence par définition soumise au mouvement.
Hippolyte n’intervient que deux fois, ses propos sont marqués par la stupeur et la déférence. L’affrontement, inégal, pose très tôt, sur le plan de l’écriture dramatique, les éléments du dénouement tragique. Au niveau des personnages également puisqu’Hippolyte préfigure son issue « funeste nuage » (1041) dès ses premières répliques.

• La fureur
La colère de Thésée est à cet égard révélatrice. Elle éclate dès ses premiers mots et à la différence d’Hippolyte, ses propos ne sont adoucis que pour mieux en accentuer la violence : au vers 1035, il évoque ainsi un « noble maintien », pour aussitôt l’opposer au jugement, erroné donc, au fait d’être « trompé » (1036), c’est-à-dire abusé par un faux visage et une fausse allure de franchise.

Ah ! Le voici. Grands Dieux ! À ce noble maintien
Quel œil ne serait pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d’un profane adultère
Brille de la vertu le sacré caractère ?

De la même façon, il oppose un « profane adultère » (vers 1037), c’est-à-dire un comportement susceptible de heurter et les dieux et la morale (et lui-même) chez celui dont les traits représentent pourtant tous les signes de la « vertu » (1038). L’opposition est ici renforcée et déplacée grâce au champ lexical religieux constitué entre « profane » et « sacré » qui ajoute le sacrilège à la trahison.

Il est cependant difficile de qualifier sa violence en la comparant à nos codes, nos valeurs, puisqu’elle semble animée par un autre souffle, celui de la « fureur », mentionnée aux vers 1048 et 1076, ce qui dépasse rapidement le « courroux » mentionné au vers 1054 pour atteindre à la folie. La fureur appartient en effet au même champ sémantique, elle en est une source d’après l’étymologie : du latin furo, (« être fou », « être hors de soi ») la perte de contrôle est celle de l’entendement, d’une folie frénétique qui conduit l’homme à être dépossédé de sa raison, « égaré » (furor en latin) .
Mais nous entendons également dans le mot « fureur » une représentation des Furies , ces personnages mythologiques chargées de la vengeance des dieux. La colère de Thésée, en plus d’être incontrôlable, démesurée et hors de proportion avec la faute commise, serait dès lors guidée par les dieux, soumise à une inéluctable progression au-delà même et en même temps qu’elle est incontrôlable par l’homme. Autrement dit, si l’homme agit en fonction de sa colère, décide et ordonne, ce serait bien, à l’origine, la colère qui dicte, ordonne et dirige l’homme. Tout en étant dirigée par les Dieux. Sa progression est alors inexorable, décidément funeste et en lien avec l’élément tragique. Les agissements de l’homme seront ceux représentés par sa colère, non par ce qu’il peut y opposer puisque cette fin est d’avance décidée. La seule liberté de l’homme reste d’en choisir les modalités d’exécution et les formulations.

Une colère de Thésée manifeste ainsi, dans ses mots, premier acte de langage et d’apparition, de communication, dans la confrontation à l’autre, deuxième modalité d’apparition, dans sa démesure enfin, source même de cette apparition.
Nous pouvons cependant également suivre cette colère pour en détacher les principales conditions, les différentes étapes de son évolution.

II) les conditions de la colère
Cette colère évolue en effet sur différents plans, tous simultanés.

• Imaginer la trahison
Nous ressentons tout d’abord, grâce à l’énonciation, ce que Thésée imagine. Le sentiment de trahison est en effet développé grâce au lexique que nous avons relevé. Lexique de la trahison donc d’abord marqué par un sentiment de doute trahi par la colère d’avoir été abusé par le « noble maintien » de l’autre (1035). Rappelons en effet que Thésée est aussi chef de guerre, qu’il comprend l’acte supposé d’Hippolyte comme une offense, une trahison des valeurs militaires. Et que si l’action relève aussi du domaine des armes, elle nécessite pour son exécution une bonne interprétation des signes, des personnes, de la situation.
Vient la conviction d’avoir été trahi. Sur les propos d’Oenone, non sur des faits avérés, Thésée admet la trahison. Premier acte. Il l’énonce à son ennemi, second acte. Enfin, troisième acte tourné vers une réaction plus intime, marteler cette trahison, marque d’un ressentiment. Le mot « traître », nous l’avons mentionné, apparaît par deux fois, aux vers 1053 et 1074. Il est également renforcé par l’apparition du champ sémantique du jugement, « infamie », vers 1050, « criminel », vers 1056, en début d’extrait. Il s’insère surtout dans un plus long développement qui revient sur le comportement d’Hippolyte, comportement jugé indécent « Tu m’oses présenter » (1049), « Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie » (1050) où la modalisation contenue dans les verbes « [oser] », dans les adverbes « pleins », marque au-delà des mots même ce que ressent le père, le chef de guerre et l’époux face à son fils.
Dans cette trahison exprimée en deux temps, le doute, la colère, nous relevons ainsi plusieurs mouvements : se sentir trahir est une chose, l’énoncer une autre, le ressasser une réaction émotionnelle à des évènements. Deux éléments sur trois dans cette phase nous tournent vers ce qui relève du sentiment, de ce qui est ressenti, qui n’appartient pas au domaine du rationnel alors même qu’il touche aussi à l’acte de guerre, à ce qui dépend autant du sens tactique que de l’action, de l’intuition et du constat. Imaginer la trahison ainsi, serait autant la visualiser, la verbaliser que l’inventer.
Face à la trahison, d’autres émotions confrontées au savoir, réel ou supposé.

• Ressentir la honte
Ce que Thésée sait en réalité dépend de la parole de l’autre, de celle d’Oenone puisqu’il n’entend pas et n’écoute pas ce que répond Hippolyte. Ce qu’il ressent alors sera plus développé. La honte ainsi, au-delà de la trahison, naît autant de l’humiliation du chef de guerre que de l’amour filial trahi.
C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternel
D’avoir pu mettre au jour un fils si criminel, (v 1055/1056)
L’ « opprobre » en effet, renvoie à une honte, un déshonneur qui perdure au-delà de l’immédiateté, elle est ce qui demeure dans l’inconscient collectif bien après la mort de l’homme, une tache indélébile qui en souille la mémoire comme le marque l’adjectif « éternel » accolé au mot. La reconnaissance du « fils », par la mention du lien, par l’identification à la mère également « mettre au jour », à celui donc qui permet la vie, est alors déliée plutôt que liée : par le verbe « [pouvoir] », employé à l’indicatif présent, comme un signe d’interrogation rétrospective, par l’adverbe « si » remplaçant un tellement d’intensité « fils si criminel ». Nous pourrions dire alors que la colère de Thésée, sa violence, s’exerce autant contre l’autre que contre lui-même : contre lui-même d’avoir été ainsi abusé, contre l’autre d’être ce qu’il est, en l’occurrence, son fils. Et s’effectue une distanciation de la filiation, le rejet de celui qui est son fils en une figure que l’on juge, que l’on estime et dont on regrette ici la mauvaise interprétation des signes.

Ah ! Le voici. Grands Dieux ! À ce noble maintien
Quel œil ne serait pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d’un profane adultère
Brille de la vertu le sacré caractère ?

• Décider de l’action
Comment maintenir l’amour alors ? En le transformant en haine, autre sentiment incontrôlable. Thésée utilise en effet une promesse jadis donnée par Neptune « Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux / Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux. (1066-1067) » pour intercéder auprès des Dieux et obtenir réparation « Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux Père » (1071). La filiation est à nouveau marquée, avec son adjectif « malheureux » qui explique en quelque sorte la demande, la justifie : une telle requête d’un « père » ne peut être que celle de celui qui est « malheureux ». Quant à la demande en elle-même, sous forme impérative, « venge », elle témoigne aussi d’un état de détresse, remarquable sous la forme de l’autre verbe « [implorer] ». Mais si cette supplique semble ainsi se justifier aux yeux des mortels, puisqu’elle n’a pas à le faire aux yeux des Dieux, elle s’inscrit surtout dans une logique de haine qui s’appuie sur la puissance de l’autre invincible, une puissance reconnue et appelée « Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés » (1076). Il s’agit en effet ici de recourir à la « fureur » des Dieux, à ce qui possède déjà la force et la puissance et à qui est demandé d’exercer une force supérieure à l’état de conscience normal, si tant est que nous puissions parler des Dieux ainsi. Une puissance démesurée hors de contrôle ainsi pour celui qui utilise les Dieux à des fins personnelles, pour assouvir la haine. Mais est-ce vraiment la sienne ?

• Ou pas
Ces Dieux, nous les retrouvons en effet en filigrane dans toute la colère de Thésée. Bafoué dans son rôle de père et dans son rôle de mari, il énonce deux passions humaines, certes, mais la passion appartient aussi aux dieux notamment Vénus et Mars, dénoncés par le grand-père de Phèdre.
Transformer l’amour en haine de même, pour dériver le chagrin vers une action, digne d’un chef de guerre, témoigne aussi d’une présence. Car lorsque nous entendons dans cet extrait le retour successif des allusions aux Dieux, demandons-nous qui exactement est l’autre visé : la tonalité pathétique ne masque en effet pas, derrière le sentiment double de trahison, -la trahison en elle-même, la trahison du sang-, la marque d’une autre présence. Nous avons relevé le lexique religieux, « Grands Dieux ! », « Profane », « Brille de la vertu le sacré caractère » avec dans le dernier vers une triple occurrence sémantique dans la « vertu », le « sacré », ce qui « brille », ce qui guide et illumine, une présence de ces Dieux même que Thésée appelle pour asseoir sa vengeance « ta puissance immortelle » (1070) en renversant le divin en une basse humanité, en quelque sorte. Mais, dans le même temps, qui décide que Phèdre, et par conséquent Hippolyte puis Thésée seront les proies d’une malédiction sinon les Dieux même ? Nous retrouvons là l’image d’une boucle qui lie les humains et les Dieux sous le signe de la vengeance, marquée, rappelons-le, par le mot de « fureur » qui parcourt et l’œuvre et l’extrait « Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés » (1076). Thésée ainsi, est celui dont la colère utilise les Dieux, pour une erreur provoquée par les Dieux tout en invoquant une trahison faite en leur nom.

Imaginer la trahison, ressentir de la honte, décider de l’action mais n’en être finalement pas le maître d’œuvre, ni dans la décision, ni dans l’exécution, la colère de Thésée, fortement traduite par l’émotion, et parce qu’elle relève aussi de ce registre et de contexte, s’inscrit dans une logique de haine et de vengeance. Mais, en convoquant l’entité divine instrument de sa propre souffrance, elle précipite un destin déjà inscrit d’avance et inscrit son mouvement dans une tragédie.

Conclusion
Une violence particulière naît de cette confrontation à la colère de Thésée. Traduite par les mots, les actes, les attitudes, elle est celle de l’affrontement, de la dépossession de soi par la colère et peut-être par l’autre. Dans son évolution, et parce qu’elle relève de l’émotion comme du fatum, du destin décidé par les Dieux, parce que Thésée utilise ces derniers enfin, elle renvoie à un destin tragique. Entre son évolution et son énonciation, elle est violence brute de l’homme dirigé par les Dieux, inscrite dans une descendance maudite, un fatum funeste et inscrit l’œuvre sous le signe du registre tragique. De la tragédie également.

Notes

[1Hippolyte


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