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Les charmes de la Fée de Constantin Balmont, commentaire

Le poème du 24

jeudi 24 février 2011, par Claire Mélanie impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Poésie ::

Après la publication de deux poèmes de Constantin Balmont, Eclairement revient avec quelques pistes de commentaire sur Les Charmes de la Fée. Nous essayerons de montrer comment le texte se réapproprie un certain nombre de figures littéraires mais aussi comment il semble caractéristique du symbolisme qui se prolonge au début du 20ème siècle.


Les Charmes de la Fée

Je marchais à travers la forêt. La forêt était sombre

Et étrangement enchantée.

Et moi, j’aimais je ne sais qui,

Et moi, j’étais ému.

Qui a rendu si tendres les nuages,
Qu’ils sont tous en douceur de perles ?
Et pourquoi le fleuve au ruisseau
Chante-t-il : serons-nous amis ?

Et pourquoi tout soudain le muguet
A-t-il soupiré, tandis qu’il pâlit dans l’herbe ?
Et pourquoi si suave, le gazon ? -

Oh ! je sais : c’est la Fée...

(Le Monde enfantin.)

Constantin Balmont

traduit du russe par A. de Holstein et René Ghil

Pistes pour un commentaire

Le poème met tout d’abord en scène un je poétique qui est un je promeneur. Si cette figure est déployée par nombre d’écrivains, Rousseau, Chateaubriand par exemple, le symbolisme semble l’accueillir pleinement. La promenade, lorsqu’elle se fait dans la nature, la déambulation, lorsque la marche prend un caractère plus citadin se lient à l’expérimentation de l’environnement par une subjectivité prête à l’accueillir et à le ressentir. Ainsi du ruisme de Paul Fort, certes avoué comme éphémère à une époque où chaque artiste voulait fonder sa propre école littéraire. Le ruisme posait comme condition de l’écriture des promenades, en nature ou en ville, le jour ou la nuit, en se satisfaisant des simples plaisirs du promeneur ou du voyageur.
Ce motif de la promenade est aussi souvent l’occasion de poser des correspondances entre l’extérieur et l’intérieur, le monde et l’individu. Sur ce point voir notamment les promenades-errements de Hugues Viane dans Bruges-la-Morte de Rodenbach.

Ici, le je poétique est observateur impliqué, il voit, perçoit, reçoit. Nombreux sont alors les termes descriptifs renvoyant à la fois aux sens et aux sentiments : "sombre", "enchantée", "douceur de perles", "si suave".
A ces effets descriptifs se rajoutent les modalisations qui nous montrent la subjectivité de l’appréciation. La forêt décrite est celle qui est perçue par une subjectivité : "étrangement", "si tendre", "si suave".

Le personnage est par ailleurs dans un état émotionnel particulier, et l’on ne sait si cet état, ressenti, mais sans objet connu ("j’aimais je ne sais qui", "j’étais ému", oui mais par quoi ?), est préalable à la découverte de la forêt ou si il est concomitant à, conséquence de la promenade.

Si cet état d’amour et d’émotion nous paraît nourri par la forêt, c’est que les questions s’enchaînent. En s’interrogeant sur les charmes (le caractère enchanté et enchanteur ici) de la forêt, le promeneur anthropomorphise les lieux : le fleuve chante et parle, le muguet soupire.
En même temps se déploie l’isotopie de l’amour, de la tendresse : "tendres", "douceur""amis", le muguet qui semble se voir appliquer les symptômes du sentiment amoureux : il soupire, il pâlit, "suave".

Il faut également noter le travail autour d’un vocabulaire simple, pour des images pourtant expressives, afin de recréer un monde enchanté. Le parcours du je poétique mime celui de la découverte d’un monde merveilleux - au sens courant et au sens littéraire du terme -, renouant avec "le monde enfantin".
L’idéal, tant recherché par les symbolistes, se situe juste autour de l’individu, celui qui des choses simples fait un univers animé. Le symbolisme du début du 20ème siècle s’inspirera beaucoup, en ce sens, de l’univers des contes et des chansons populaires.

Illustration

Illustration extraite de l’oeuvre de Valentin Serov : Portrait of the Poet Konstantin Balmont. 1905.
Pastel on paper mounted on cardboard.
The Tretyakov Gallery.
Voir l’oeuvre


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