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La vie à Dublin : Visite à la National Gallery

mercredi 17 février 2010, par Sarah impression

Mots-clefs :: Peinture :: Société ::

Sarah est partie vivre en Irlande. Elle fera part, en exclusivité pour Eclairement et dans une suite d’articles, de la vie à Dublin telle qu’elle l’expérimente. Aujourd’hui, son premier récit.


J’habite à Dublin depuis deux semaines et ma recherche d’emploi est malheureusement restée vaine pour le moment. J’ai donc du temps, que j’essaie d’utiliser au mieux en-dehors des envois de CV et des candidatures spontanées directement sur place.

Il n’y a pas beaucoup de musées à Dublin, c’est une petite ville si on la compare à Paris. Mais la plupart d’entre eux sont gratuits, notamment la National Gallery qui rend compte de l’art pictural irlandais et qui s’enorgueillit de posséder un tableau de Caravaggio. D’aucuns considèrent que la peinture irlandaise n’a pas grand intérêt si ce n’est qu’elle illustre la vie sociale à différentes époques. Il n’y a pas de peintre classique de génie en Irlande, le talent est passé chez les écrivains. On peut exclure Francis Bacon de cela mais il y a toujours un doute quant à sa nationalité ; n’est-il pas plus anglais qu’irlandais... Je suis donc retournée à ce musée sans grande conviction, pour occuper une journée et me protéger un temps du vent glacial qui secouait la ville.

C’est à ce moment que j’ai découvert que ce musée cachait un autre musée, tout petit, quatre salles, abritant les toiles de Jack B. Yeats, le frère du brillantissime écrivain William B. Yeats, une des plus grandes figures de la littérature irlandaise. Quelle surprise ! L’Irlande a donc eu son peintre de génie, mais elle l’a caché... Comment expliquer que cet artiste soit resté si peu connu ? Probablement car il a évolué dans l’ombre de son frère.

Yeats - Under The Rose

Jack B. Yeats (29 août 1871 - 28 mars 1957) a commencé sa carrière en tant qu’illustrateur. Il a également écrit quelques pièces de théâtre. Ses premières peintures sont des illustrations de la vie quotidienne en Irlande, particulièrement dans la nature, puis son style a évolué vers quelque chose de troublant, de vigoureux, voire de mystique. Son utilisation de la couleur est saisissante, explosive et marque les esprits qui ont la chance de pouvoir admirer ses peintures en vrai. Il semble que l’on regarde le monde à travers un autre filtre, le filtre d’une réalité méconnue.

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Yeats - A morning in a city

Je terminerai en citant un poème de William B. Yeats, qui me paraît illustrer certaines sensations qui peuvent surgir à la contemplation des oeuvres de son frère :

Yeats - About to write a letter

AVANT QUE LE MONDE NE FUT

Si j’assombris mes cils
Et illumine mes yeux
Et fais mes lèvres plus écarlates,
Ou demande si tout cela est juste
De miroir en miroir,
Sans montrer de vanité :
Je cherche le visage que j’avais
Avant que le monde ne fût.

Et si je regarde un homme
Comme on regarde son aimé,
Comme si mon sang un instant se glace
Dans mon coeur immobile ?
Pourquoi penserait-il que je suis cruel
Ou qu’il soit trahi ?
J’aurais aimé le voir aimer ce qui était
Avant que le monde ne fût.

BEFORE THE WORLD WAS MADE

If I make the lashes dark
And the eyes more bright
And the lips more scarlet,
Or ask if all be right
From mirror after mirror,
No vanity’s displayed :
I’m looking for the face I had
Before the world was made.
What if I look upon a man
As though on my beloved,
And my blood be cold the while
And my heart unmoved ?
Why should he think me cruel
Or that he is betrayed ?
I’d have him love the thing that was
Before the world was made.

Premier tableau : Yeats - Under The Rose
Deuxième tableau : Yeats - A morning in a city
Troisième tableau : Yeats - About to write a letter
Quatrième tableau : Yeats- The Knight who sings


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