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"La maladie du Jésuite", Voltaire, commentaire

lundi 27 avril 2020, par Corinne Godmer impression

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Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs analyses de texte.


De la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite Berthier avec la relation du voyage de frère Garassise, et ce qui s’ensuit, en attendant ce qui s’ensuivra. Voltaire (1759)

Notice de Beuchot : Cet opuscule est de novembre 1759. Voltaire en parle dans sa lettre à Thieriot du 5 décembre 1759. La première édition, en trente pages in-8°, est intitulée Relation de la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite Berthier. Elle fut suivie d’une édition, même format, en quatorze pages. Quelque temps après, une nouvelle édition parut sous ce titre : Relation de la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite Berthier, avec la Relation du voyage de frère Garassise, et ce qui s’ensuit, en attendant ce qui s’ensuivra, 1760, petit in-8° de cinquante-quatre pages, dont il existe une traduction italienne, 1760, in-8° de trente-neuf pages. Il parut, en 1761, une Relation de la maladie, de la confession, de la fin de M. de Voltaire, et de ce qui s’ensuivit, par moi Joseph Dubois. Cet opuscule, plusieurs fois réimprimé, est de Sélis. Voltaire, dans un billet du 26 mars 1764, l’appelle une fade imitation.

Ce fut le 12 octobre 1759 que frère Berthier alla, pour son malheur, de Paris à Versailles avec frère Coutu, qui l’accompagne ordinairement. Berthier avait mis dans la voiture quelques exemplaires du Journal de Trévoux, pour les présenter à ses protecteurs et protectrices ; comme à la femme de chambre de madame la nourrice, à un officier de bouche, à un des garçons apothicaires du roi, et à plusieurs autres seigneurs qui font cas des talents. Berthier sentit en chemin quelques nausées ; sa tête s’appesantit : il eut de fréquents bâillements. « Je ne sais ce que j’ai, dit-il à Coutu, je n’ai jamais tant bâillé. - Mon révérend père, répondit frère Coutu, ce n’est qu’un rendu. - Comment ! que voulez-vous dire avec votre rendu ? dit frère Berthier. - C’est, dit frère Coutu, que je bâille aussi, et je ne sais pourquoi, car je n’ai rien lu de la journée, et vous ne m’avez point parlé depuis que je suis en route avec vous. » Frère Coutu, en disant ces mots, bâilla plus que jamais. Berthier répliqua par des bâillements qui ne finissaient point. Le cocher se retourna, et les voyant ainsi bâiller, se mit à bâiller aussi ; le mal gagna tous les passants : on bâilla dans toutes les maisons voisines. Tant la seule présence d’un savant a quelquefois d’influence sur les hommes !

Cependant une petite sueur froide s’empara de Berthier. « Je ne sais ce que j’ai, dit-il, je me sens à la glace. - Je le crois bien, dit le frère compagnon. - Comment, vous le croyez bien ! dit Berthier ; qu’entendez-vous par là ? - C’est que je suis gelé aussi, dit Coutu. - Je m’endors, dit Berthier. - Je n’en suis pas surpris, dit l’autre. - Pourquoi cela ? dit Berthier. - C’est que je m’endors aussi », dit le compagnon. Les voilà saisis tous deux d’une affection soporifique et léthargique, et en cet état ils s’arrêtèrent devant la porte des coches de Versailles. Le cocher, en leur ouvrant la portière, voulut les tirer de ce profond sommeil ; il n’en put venir à bout : on appela du secours. Le compagnon, qui était plus robuste que frère Berthier, donna enfin quelques signes de vie ; mais Berthier était plus froid que jamais. Quelques médecins de la cour, qui revenaient de dîner, passèrent auprès de la chaise ; on les pria de donner un coup d’œil au malade : l’un d’eux, lui ayant tâté le pouls, s’en alla en disant qu’il ne se mêlait plus de médecine depuis qu’il était à la cour. Un autre, l’ayant considéré plus attentivement, déclara que le mal venait de la vésicule du fiel, qui était toujours trop pleine ; un troisième assura que le tout provenait de la cervelle, qui était trop vide.

Pendant qu’ils raisonnaient, le patient empirait, les convulsions commençaient à donner des signes funestes, et déjà les trois doigts dont on tient la plume étaient tout retirés, lorsqu’un médecin principal, qui avait étudié sous Mead et sous Boerhaave, et qui en savait plus que les autres, ouvrit la bouche de Berthier avec un biberon, et, ayant attentivement réfléchi sur l’odeur qui s’en exhalait, prononça qu’il était empoisonné.

A ce mot tout le monde se récria. « Oui, messieurs, continua-t-il, il est empoisonné ; il n’y a qu’à tâter sa peau, pour voir que les exhalaisons d’un poison froid se sont insinuées par les pores ; et je maintiens que ce poison est pire qu’un mélange de cigüe, d’ellébore noire, d’opium, de solanum, et de jusquiame. Cocher, n’auriez-vous point mis dans votre voiture quelque paquet pour nos apothicaires ? - Non, monsieur, répondit le cocher ; voilà l’unique ballot que j’y ai placé par ordre du révérend père. » Alors il fouilla dans le coffre, et en tira deux douzaines d’exemplaires du Journal de Trévoux. « Eh bien, messieurs, avais-je tort ? » dit ce grand médecin.

Commentaire
Méthode préparatoire
Qui parle ? marque de focalisation déjà dans la fin du titre « en attendant ce qui s’ensuivra », focalisation zéro, narrateur omniscient, sait déjà ce qui va advenir
Siècle des Lumières, où les textes, souvent argumentatifs, ont une visée didactive. Voltaire adepte du conte et de l’apologue. Utilise souvent l’ironie ou la moquerie. Ici, il s’agit d’un pamphlet, une charge contre une personne.
À qui ? Il s’attaque à un journal précis (répond à une attaque des jésuites) et aux jésuites. Vise à l’amusement du lecteur.
Comment ? Il est qualifié d’opuscule, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un petit livre. Il se présente sous la forme d’un conte mais s’apparente à un pamphlet : il raconte une histoire mais la chute permet de comprendre qu’il se livre à une attaque (même si indices tout au long du récit).
Figures de style : « qui ne finissaient point », hyperbole. « Le mal gagna tous les passants » et « toutes les maisons voisines » : exagération. « Qu’entendez-vous par là », comique de répétition. « Je me sens à la glace », expression imagée, métaphore. « vésicule du fiel » pour dire la bile (siège des humeurs) : image. « trop pleine » / « trop vide » : balancement
Modalisations (verbes, adjectifs qui traduisent la présence du narrateur) : « pour son malheur » (première phrase), marque de focalisation zéro ; pas d’autres marques de modalisation. Par contre, jugement « grand médecin » (fin du texte), « qui en savait plus que les autres », « ne se mêlait plus de médecine (…) cour », et « le mal (…) trop vide » : jugements de valeur et jugements critiques, dépréciatifs ou laudatifs (flatteur, élogieux).
Champs lexicaux : autour de la médecine, des manifestations physiques (bâillements puis sueurs froides)
Personnages. Deux jésuites qui sont ridiculisés. Plusieurs médecins dont un seul est digne de louange. Les personnages représentés par des métiers avec une progression dans les fonctions. Présence du « on » général, non identifié, et du « tout le monde ».
Type du texte (argumentatif, narratif, descriptif…). Il s’agit d’un texte à dominante narrative.
De quoi ? raconte l’histoire d’un jésuite pris d’un malaise et dont on finit par identifier la cause : la possession d’un journal.
Pourquoi ? Il s’agit ici d’une double voire triple critique. Celle des jésuites d’abord. Celle de certains médecins ensuite. Celle du journal même, enfin. Voltaire, par le truchement d’une petite histoire, s’attaque violemment à un ordre précis, tout en n’épargnant pas un autre ordre, celui des médecins, des gens intéressés également (gens de la cour).

Plan détaillé
Problématique : comment concilier conte et morale ?
Plan : I) un conte philosophique II) la charge critique

I) Un conte philosophique
a) les éléments du conte traditionnels
Voltaire, dans ce récit, apporte quelques éléments qui appartiennent au conte traditionnel.
- récit mouvementé, péripéties
Il nous livre ainsi le récit d’un voyage mouvementé puisque un jésuite, le frère Berthier, parti pour Versailles, est peu à peu pris, comme son compagnon, d’un malaise qui les laissent inanimés, presque morts « plus [froids] que jamais ». Un élément inquiétant surgit avec la difficulté rencontrée par le frère Berthier à se remettre : les médecins qui l’examinent le déclare « empoisonné ». Comme dans un contre traditionnel, des péripéties surgissent puisque les deux compagnons rencontrent une succession de malaises, avec gradation, des bâillements trop fréquents jusqu’au sommeil trop « profond », « affection soporifique et léthargique » qui s’apparente à un coma. La fin de l’extrait atteint son paroxysme puisque le malade est aux portes de la mort et présente maintenant des « signes funestes ». Le déroulement du récit semble donc se diriger vers une fin inéluctable, à la manière de certains contes dont la chute peut, aussi, être tragique.
- éléments merveilleux, invraisemblances
Quelques éléments merveilleux propres au conte apparaissent également, sous le masque d’une exagération qui laisse présager de l’amusement de l’auteur. Ce sont ainsi des bâillements qui se communiquent d’un frère à l’autre, au cocher, puis à « tous les passants » et enfin « dans toutes les maisons voisines ». Cet épisode oscille entre l’invraisemblance et le merveilleux.
La nature de leur mal relève de même du registre merveilleux puis l’affection peine à être expliquée. Si le frère Coutu éprouve les mêmes malaises, il se remet plus rapidement, « plus robuste » qu’il est que le frère Berthier emporté dans un sommeil profond qui rappelle celui de la Belle au Bois Dormant. Se dessine alors l’impression que ce mal touche aussi plus défavorablement l’un des personnages que l’autre mais également que l’auteur s’amuse à rappeler les classiques enfantins. Le conte trouve en effet sa source dans des éléments de mémoire collective, il s’inscrit dans une communauté qui retrouve en lui ses valeurs et ses codes.
- plaisir du récit, amuser le lecteur
Enfin, autre spécificité du conte que le texte reprend ici, le plaisir du récit. Quelques traits comique apparaissent ainsi dans ce conte qui joue, par exemple, sur le comique de répétition de l’interrogation « Qu’entendez-vous par là ? » ou bien se moque de la préciosité en utilisant des expressions imagées, telle « la vésicule de fiel » pour désigner la bile.
Le conte voltairien reprend donc quelques ingrédients indispensables du conte classique. Il s’en distingue cependant par quelques spécificités qui le rendent particulier.

b) la spécificité du conte voltairien
- un univers réel
Un conte traditionnel s’inscrit en effet dans un univers intemporel, sans repères précis. Ce conte voltairien s’incarne, lui, dans un univers précis, celui des « protecteurs », un lieu, entre Paris et Versailles, à une date donnée, avec des personnages qui sont réels et désignés. Il se distingue alors du conte traditionnel en évitant de dispenser quelques leçons de sagesse à portée générale. À l’inverse, il ancre ses références dans une réalité que le lecteur reconnaît et, ainsi, s’avère plus resserré sur son propos, en quelque sorte, en s’attachant, par une dominante narrative, à se maintenir sur un lieu, des personnages.
- éveiller la réflexion du lecteur
Cette présence au cœur de la ville et de son époque lui permet dès lors d’éveiller la réflexion du lecteur. Ce dernier, puisqu’il comprend les allusions et les arguments indirects, maintient sa vigilance intacte. L’auteur s’amuse dès lors à parsemer son texte de petites alertes quant à son implication. Dès le titre, il marque par focalisation zéro sa présence omnisciente. Son jugement apparaît de même lorsque, dès la première phrase, il indique une fin possible à son récit : « pour son malheur ». Le lecteur est ainsi alerté qu’il va trouver en ce conte une charge critique. La présence de ce lecteur, son implication dans le récit est, de fait, indispensable, le conte se nourrissant de la complicité nouée entre l’auteur et le lecteur autour d’un sujet posé, ou d’une victime désignée.
- désigner un ennemi avec un ton plaisant
Cette victime est ainsi désignée dès la première phrase avec, « pour son malheur », la marque de l’ironie. Cette indication de l’auteur, qui marque à nouveau une focalisation zéro, suppose que ce personnage va cristalliser la critique ou la moquerie. L’indication de la date, précise, sonne comme un rappel strict des faits que vient démonter cette trace d’ironie. Il ne s’agit dès lors plus de poser le cadre de l’aventure mais bien d’indiquer, dès les premières lignes, que le récit va progressivement glisser vers une charge pamphlétaire. Ce sera chose faite au cœur du texte par des éléments qui vont, peu à peu, ridiculiser ce personnage tout en continuant à suivre cette forme de conte. Humour et critique s’allient ici pour asseoir un argument.
Au-delà des éléments traditionnels du conte qu’il reprend, le récit voltairien s’apparente ainsi à un conte philosophique qui tente, sur un ton plaisant, d’éveiller la conscience ou la réflexion du lecteur. Pour cela, il arme la critique sur le mode du pamphlet.

II) la charge critique
Cette critique traverse en effet le récit, par ajouts de remarques désobligeantes comme par la fin qu’elle met en scène.

a) les deux jésuites, les jésuites en général
Elle est ainsi dirigée contre les deux jésuites, ridiculisés tout au long du récit. Ils sont en effet, dans un premier temps, présentés comme des gens importants chargés de porter un écrit à ceux « qui font cas des talents » mais, immédiatement après, il est convenu que la conversation ou la lecture les épuisent. Le récit met également en scène une particularité physique, celle du bâillement, c’est-à-dire ce que l’on sait être un effet d’imitation reflexe (observable chez les chimpanzés). Ils apparaissent donc comme des sots gonflés d’importance. Le comique de répétition que nous avons relevé s’adjoint ici les services d’un comique de situation puisque la chute du récit délivre une nouvelle charge critique. La source d’un si profond malaise ne découle en fait que de la dangerosité d’un journal, le leur. L’empoisonnement, désigné comme une cause possible, transparaît dans la nature même des personnages pour qui la bile, le siège des humeurs, devient la « vésicule de fiel », c’est-à-dire littéralement le réceptacle de la méchanceté.

b) le corps médical opposé à la science lorsqu’elle est correctement exécutée
Le corps médical n’est cependant pas épargné par cette charge critique de Voltaire puisque deux catégories de médecins s’opposent. Les premiers à examiner les deux compagnons font ainsi montre de peu de professionnalisme, notamment ce médecin qui déclare « [ne plus se mêler] de médecine ». Le sens de « [mêler] » prend ici une acuité particulière puisqu’il ne s’agit pas seulement de s’intéresser à la médecine, mais également de soulager un malade qui est figuré mourant, alors même que le serment d’Hippocrate les enjoint d’intervenir. À l’opposé, et pour mieux appuyer le contraste, l’auteur présente un médecin plus à même de poser un diagnostic. Ce diagnostic est complexe, détaillé, composé de mots savants qui restreignent la compréhension à un cercle d’initiés. C’est alors à juste titre que Voltaire le qualifie de « grand médecin », autre exemple de l’intervention de l’auteur dans sa narration.

c) les gens de pouvoir, leur représentation
Enfin, de manière plus légère, le conte s’emploie, avec drôlerie, à présenter en son début une succession de gens censés figurer le pouvoir intellectuel et qui permettent, dans l’ordre de succession, de mêler « protecteurs et protectrices » à des métiers socialement ressentis comme moins élevés « femme de chambre de madame la nourrice », « officier de bouche », « garçons apothicaires du roi ». Le récit semble ainsi s’organiser autour d’une hiérarchie de métiers qui tous gravitent autour de la cour, à nouveau désignée en fin de récit par l’intermédiaire du médecin dédaigneux.
Derrière la fausse représentation intellectuelle, que ce soit celle des deux jésuites, celle des médecins ou celle de la cour, se dessine ainsi la force vive de l’intelligence, celle symbolisée par une certaine science qui mérite une place d’honneur. La charge critique, dès lors, devient un moyen détourné d’accentuer cet hommage tout en permettant de régler quelques comptes.

Conclusion
Entre éléments traditionnels du conte et composition plus personnelle tournée vers une philosophie, cet extrait s’ingénie, par l’humour, l’ironie ou la nomination directe, à éveiller l’amusement du lecteur comme sa capacité à réfléchir. Il s’efforce alors de diriger l’intérêt du lecteur vers une représentation peu flatteuse d’un monde nommé, tout en recadrant son admiration pour ce qui la mérite. L’amusement né du conte permet ainsi de produire un récit tourné en fait vers une charge critique. Notons que dans la suite du récit, l’antidote sera constitué d’une page de l’Encyclopédie.


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