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Hip hop : des rues du Bronx aux rues arabes

lundi 22 juin 2015, par Amaury impression

Mots-clefs :: Musique ::

Du 28 avril au 26 juillet 2015 à l’Institut du Monde Arabe, Paris


Dernièrement Akhénaton du groupe I Am n’a pas fait que de la pub pour Coca Cola. Jack Lang lui a confié l’organisation d’une exposition.
Cette exposition revient tout d’abord sur les racines du hip hop dans le Bronx à la fin des années 1970 et au début des années 1980. La légende a été forgée depuis longtemps : DJ Cool Herc, les block parties, les graffs et le bboying. Peace, Love, Unity, Having Fun. Passons.

Akhénaton connaît ses classiques et même très bien. Cet aspect de l’exposition est didactique et interactif avec diffusion des grands classiques du rap « old school » (Grand Master Flash, Eric B et Rakim). La muséographie est très soignée : écrans, casques, objets, graffiti. Plusieurs points thématiques sont abordés en détail comme le mouvement de la Zulu nation d’Afrika Bambata. Autre bon point muséographique : une salle est dédiée à un documentaire sur les techniques de DJing. Au 1er étage on appréciera la performance du danseur (popping) Salah, figure de la scène française.
Bref, la première partie du contrat est bien remplie : l’émergence du mouvement artistique dans les rues du Bronx. Cependant, la question de la naissance du hip hop en France me semble plus originale car inédite. Effectivement, le Museum of the City of New York consacre lui aussi, en ce moment même, une exposition à la naissance du hip hop US (Hip-hop Revolution, du 1er avril au 13 septembre 2015).

La seconde partie de l’intitulé est plus problématique. « … aux rues arabes », Akhénaton offre un traitement moins poussé. La sélection des rappeurs arabes présentés dans l’exposition appartient déjà à l’establishment et ne reflète qu’imparfaitement la scène actuelle (quid du mouvement libanais 961 underground ?). Sans compter le silence assourdissant autour des rappeurs « révolutionnaires » - le tunisien El General et son titre Raïs el-bled, « Président » ou l’égyptien Ramy Donjewan avec Dodd el-Hokma, « Contre le gouvernement » - comme contre-révolutionnaires - le rappeur syro-libanais Eslam Jawaad et son titre pro-Hezbollah et pro-Assad Dudd el-Nizam, « Contre le système ». Surtout pas un mot sur les apologues du djihadisme et de Daesh comme le rappeur allemand Denis Cuspert devenu Abu Talha Al-Almani, chanteur d’anashid.

On aurait également souhaité des explications, ou à défaut des traductions des textes, mettre des mots sur les malaises qu’ils désignent (par exemple Dam avec Min Er7abi, « Qui est le terroriste ? »). Différencier aussi les contextes : le hip hop n’exprime ni ne revendique la même chose en Égypte, au Liban, en Palestine ou au Maroc. Dans le monde arabe aussi il y a du rap commercial, underground, conscient ou gangsta.

En résumé, une exposition en demi-teinte qui ne répond qu’à une partie des attentes. Pour les amateurs de hip hop el-3arabi, le traitement de la partie arabe paraîtra certainement insuffisant. Ce qui s’avère gênant pour l’institution organisatrice. C’est peut-être le plus grand défaut de cette exposition à laquelle ne manquent ni l’érudition ni la pédagogie : à trop éviter les questions politiques et sociales du monde arabe, elle ne permet pas de lier les origines new-yorkaises (années 1980), la greffe française (années 1990) et l’émergence d’un mouvement hip hop protéiforme du Maghreb au Mashreq (années 2000), aussi hétérogène que peuvent l’être les « rues arabes ».

On se perd donc dans un ensemble un peu fouillis dont le fil connecteur, le hip hop, est présenté d’une manière presque fixiste, en tout cas décontextualisée, dépolitisée donc dévitalisée dans sa partie arabe. Gageons malgré tout que cette exposition va attirer du monde. Qui aurait cru que le hip hop arabe deviendrait si tendance ?


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