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Dissertation théâtre

vendredi 8 mai 2020, par Corinne Godmer impression

Mots-clefs :: #ALaMaison :: Théâtre ::

Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs types d’exercices.


Sujet dissertation
Dans les Entretiens sur « Le Fils naturel » (1757), Diderot fait dire à son personnage de Dorval : « Une pièce est moins faite pour être lue, que pour être représentée ; la représentation de celle-ci vous a plu, il ne m’en faut pas davantage ». Dans quelle mesure partagez-vous cette conception du théâtre ? Vous appuierez votre réflexion sur les œuvres théâtrales de votre connaissance, sur les textes situés dans votre manuel de français, ainsi que sur votre expérience du théâtre.

Reformulation  : en quoi la représentation théâtrale est-elle supérieure ?
Se servir en priorité des œuvres étudiées dans l’année sinon de celles déjà étudiées. Ou d’exemples connus si vous en connaissez.
L’introduction se rédige après le plan et la conclusion : vous avez tous les éléments en main pour mieux la saisir.

I) La représentation comme expression visuelle
Une pièce de théâtre s’écrit avant tout pour être jouée. Le sens premier du terme, issu du Larousse, renvoie au lieu où se jouent des pièces. La pièce de théâtre est donc, par définition, une représentation. Molière, Racine, Beaumarchais ne concevaient ainsi leurs pièces que pour être jouées sur scène.
Ce spectacle vivant permet de visualiser les dialogues, de lire sur les visages et dans les mimiques, elle autorise la lecture du métalangage ou du langage du corps. Les effets sont plus marqués également, comme l’effet comique par exemple. Le comique de geste sera en effet plus perceptible sur une scène. Que serait ainsi le comique de la scène 3 dans l’Acte II de Dom Juan sans une théâtralité gestuelle qui montre le soufflet reçu par Sganarelle puis le mouvement opéré par Pierrot pour se cacher derrière Charlotte ?
Expression visuelle d’un texte écrit dans cette visée, la représentation théâtrale est par essence ce qui se joue et se découvre. Elle est cependant aussi l’interprétation d’un texte écrit.

II Une expression cadrée
La scène jouée entoure en effet l’œuvre écrite, elle en découle. De l’un à l’autre, des points de crispation apparaissent. Et la représentation théâtrale démontre alors ses limites.
Le spectateur doit ainsi assimiler une mise en scène qui lui est imposée, accepter des visages et des costumes sur des personnages qu’il imaginait peut-être autrement. À s’attendre, peut-être, à être dérouté par les choix du metteur en scène. Une mise en scène naît en effet d’un texte et d’une rencontre, celle entre l’artiste, l’artisan, et le texte. Mais elle s’impose au spectateur, elle exclut une interprétation trop personnelle. L’imagination, ainsi, est celle façonnée par les choix du metteur en scène et l’interprétation personnelle de l’œuvre peut alors être biaisée.
De même, la représentation écarte aussi une approche plus personnelle de l’œuvre. La représentation théâtrale se joue devant toute une salle, devant un public ; elle autorise donc la communion du public dans une même émotion mais écarte aussi le lien entre un lecteur et une œuvre, sans même parler du contact qui s’éprouve dans celui du papier. Elle détourne, en quelque sorte, l’entente entre le lecteur et une œuvre pour s’élaborer en un tout collectif.
La pièce de théâtre représente enfin une construction qui s’élabore. Mise en scène à découvrir, elle n’est pas immuable dans le temps. Elle s’adapte ainsi à l’époque et, dans la modernité, permet au spectateur de découvrir une nouvelle interprétation, voire de changer sa perception de la pièce. Le spectateur peut cependant être heurté par cette nouvelle mise en scène et lui préférer une représentation plus classique à laquelle il est habitué. Pensons ici à la pièce Antigone de Sophocle reprise par Anouilh dans une vision plus moderne qui la transforme en un symbole de résistance.
Scène jouée, la représentation théâtrale ignore donc parfois cet autre spectateur que représente le lecteur, autre public qui se reconnaît aussi. De là une possible frustration. La lecture de l’œuvre, à sa source même, devient alors un indispensable dans la relation.

III Une œuvre en complément
L’œuvre écrite, ainsi, serait ce support écrit de la réflexion, un moment de tête à tête avec la pensée de l’auteur. Sa lecture appartiendra à un moment privilégié entre un lecteur, futur spectateur ou non, et une œuvre.
Dans sa compréhension, l’œuvre gagne également à être lue. Linéaire, la représentation théâtrale se déroule en effet dans un temps précis, limité, et n’autorise alors pas les pauses, la réflexion. La lecture de l’œuvre permet ici de revenir sur le texte puisqu’elle autorise les retours en arrière, l’assimilation des mots, des idées, des pensées. L’œuvre dans sa lecture suggère donc aussi une meilleure compréhension qui serait plus intellectuelle que visuelle. Dans la scène 5 de l’Acte II de Dom Juan par exemple, le langage entre paysans est parfois difficilement compréhensible à la seule écoute et gagne à être complété par la lecture.
Les didascalies représentent ici un apport intéressant. Leur présence se ressent parfois comme une lourdeur apportée au texte, comme un effort du dramaturge pour mieux appuyer sa pièce. Mais leur présence peut s’avérer indispensable à la compréhension de l’œuvre. Citons ainsi Art de Yasmina Reza où les didascalies (indications scéniques) structurent la compréhension, la "désignent", tout en incitant le silence à devenir parole écrite. Décrire, c’est aussi permettre de poser un imaginaire, de le donner au lecteur pour qu’il l’assimile et le reconnaisse comme sien.

Conclusion
Représentation visuelle, spectacle artistique et performances des acteurs, la représentation théâtrale semble autoriser une meilleure symbiose entre le public et l’œuvre jouée. Pourtant, des choix de mise en scène parfois trop personnels, une interprétation guidée par les partis de l’autre, peuvent remettre en cause cette union et amener à la déception du spectateur. Elle serait alors une contre-production, un échec de ce que Diderot affirmait rechercher.
L’inverse demeure également vrai. L’auteur ne peut-il être déçu par les réactions de son public et préférer, comme Musset, n’écrire que des pièces destinées à la lecture (Un spectacle pour un fauteuil, préface) ? Évitant ainsi au public un déplacement inutile et lui permettant, aussi, de poser son propre regard, sa propre imagination sur le texte de l’autre.

Introduction
Depuis le siècle des Lumières, Diderot reste celui qui a supervisé l’Encyclopédie, vaste ouvrage de vulgarisation scientifique et premier du genre. Érudit, polémiste, Diderot appartient à cette veine d’écrivains touchant à tous les genres : lorsqu’il pose les bases du drame bourgeois au théâtre, il démontre ainsi une ouverture d’esprit qui n’est pas uniquement contenue dans les livres, mais aussi celle de l’exercice pratiqué pour soi, envers soi, envers les autres. Dans les Entretiens sur « Le Fils naturel » (1757), une affirmation quant au rôle de la représentation apparaît ainsi, puisque la réplique de son personnage Dorval, « Une pièce est moins faite pour être lue, que pour être représentée ; la représentation de celle-ci vous a plu, il ne m’en faut pas davantage », pose la représentation théâtrale comme condition première. Il serait dès lors intéressant de revenir sur cette affirmation en étudiant, dans un premier temps la représentation comme expression visuelle, pour, dans un deuxième temps, nous interroger sur la présence du metteur en scène pour, enfin, étudier l’importance de l’œuvre écrite.


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