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Commentaire d’un extrait des Bonnes, Jean Genet

samedi 16 janvier 2016, par Corinne Godmer impression

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Les Bonnes, Genet, commentaire, « Disposez mes toilettes (…) mais, jamais je n’ai »
‭ ‬

Claire‭, ‬Solange

La chambre de Madame‭. ‬Meubles Louis XV‭. ‬Au fond‭, ‬une fenêtre ouverte sur la façade de l’immeuble en face‭. ‬A droite‭, ‬le lit‭. ‬A gauche‭, ‬une porte et une commode‭. ‬Des fleurs‭ ‬à‭ ‬profusion‭. ‬C’est le soir‭. ‬L’actrice qui joue Solange est vêtue d’une petite robe noire de domestique‭. ‬Sur une chaise‭, ‬une autre petite robe noire‭, ‬des bas de fil noirs‭, ‬une paire de souliers noirs‭ ‬à‭ ‬talons plats‭.‬

CLAIRE‭, ‬debout‭, ‬en combinaison‭, ‬tournant le dos‭ ‬à‭ ‬la coiffeuse‭.‬—Son geste‭ ‬—‭ ‬le bras tendu et le ton seront d’un tragique exaspéré‭.‬

Et ces gants‭ ! ‬Ces‭ ‬éternels gants‭ ! ‬Je t’ai dit souvent de les laisser‭ ‬à‭ ‬la cuisine‭. ‬C’est avec‭ ‬ça‭, ‬sans doute‭, ‬que tu espères séduire le laitier‭. ‬Non‭, ‬non‭, ‬ne mens pas‭, ‬c’est inutile‭. ‬Pends-les au-dessus de l‭’‬évier‭. ‬Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas‭ ‬être souillée ‭ ? ‬Tout‭, ‬mais tout ‭ ! ‬ce qui vient de la cuisine est crachat‭. ‬Sors‭. ‬Et remporte tes crachats ‭ ! ‬Mais cesse ‭ !‬

Pendant cette tirade‭, ‬Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc‭, ‬observant ses mains gantées‭, ‬tantôt en bouquet‭, ‬tantôt en‭ ‬éventail‭.‬

Ne te gêne pas‭, ‬fais ta biche‭. ‬Et surtout ne te presse pas‭, ‬nous avons le temps‭. ‬Sors

Solange change soudain d’attitude et sort humblement‭, ‬tenant du bout des doigts les gants de caoutchouc‭. ‬Claire s’assied‭ ‬à‭ ‬la coiffeuse‭. ‬Elle respire les fleurs‭, ‬caresse les objets de toilette‭, ‬brosse ses cheveux‭, ‬arrange son visage‭.‬

Préparez ma robe‭. ‬Vite le temps presse‭. ‬Vous n’êtes pas là‭ ? ‬(‬Elle se retourne‭.)‬‭ ‬Claire ‭ !‬ Claire‭ !‬

Entre Solange‭.‬

SOLANGE

Que Madame m’excuse‭, ‬je préparais le tilleul‭ ‬‭ (‬Elle prononce‭ ‬tillol‭.)‬‭ ‬de Madame‭.‬

CLAIRE

Disposez mes toilettes‭. ‬La robe blanche pailletée‭. ‬L‭’‬éventail‭, ‬les‭ ‬émeraudes‭.‬

SOLANGE

Tous les bijoux de Madame‭ ?‬

CLAIRE

Sortez-les‭. ‬Je veux choisir‭. (‬Avec beaucoup d’hypocrisie‭.) ‬Et naturellement les souliers vernis‭. ‬Ceux que vous convoitez depuis‭ ‬des années‭.‬
Solange prend dans l’armoire quelques‭ ‬écrins qu’elle ouvre et dispose sur le lit‭.‬
Pour votre noce sans doute‭. ‬Avouez qu’il vous a séduite‭ ! ‬Que vous‭ ‬êtes grosse‭ ! ‬Avouez-le ‭ !‬

Solange s’accroupit sur le tapis et‭, ‬crachant dessus‭, ‬cire des escarpins vernis‭.‬

Je vous ai dit‭, ‬Claire‭, ‬d‭’‬éviter les crachats‭. ‬Qu’ils dorment en vous‭, ‬ma fille‭, ‬qu’ils y croupissent‭. ‬Ah ‭ ! ‬ah ‭ ! ‬vous‭ ‬êtes hideuse‭, ‬ma belle‭. ‬Penchez-vous davantage et vous regardez dans mes souliers‭. (‬Elle tend son pied que Solange examine‭.) ‬Pensez-vous qu’il me soit agréable de me savoir le pied enveloppé‭ ‬par les voiles de votre salive ‭ ? ‬Par la brume de vos marécages‭ ? ‬

SOLANGE‭, ‬à‭ ‬genoux et très humble‭.‬

Je désire que Madame soit belle‭.‬

CLAIRE‭, ‬elle s’arrange dans la glace‭.

Vous me détestez‭, ‬n’est-ce pas‭ ? ‬Vous m‭’‬écrasez sous vos prévenances‭, ‬sous votre humilité‭, ‬sous les glaïeuls et le réséda‭. ‬‭(‬Elle se lève et d’un ton plus bas‭.)‬‭ ‬On s’encombre inutilement‭. ‬Il y a trop de fleurs‭. ‬C’est mortel‭. ‬‭(‬Elle se mire encore‭.)‬‭ ‬Je serai belle‭. ‬Plus que vous ne le serez jamais‭. ‬Car ce n’est pas avec ce corps et cette face que vous séduirez Mario‭. ‬Ce jeune laitier ridicule vous méprise‭, ‬et s’il vous a fait un gosse‭...‬

SOLANGE

Oh‭ ! ‬mais‭, ‬jamais je n’ai‭...‬

Qui parle ?
Une femme, Claire. La maîtresse des lieux. Par les didascalies, l’auteur.

À qui ?
Claire parle à sa domestique Solange. Par le texte, l’auteur.

De quoi ?
De la relation entre une femme du monde et sa domestique. Leur rapport de force est donné mais si les répliques donnent l’impression que Claire, la femme du monde, domine l’autre, Solange, la domestique, semble en fait recéler les secrets du pouvoir.

Comment ?
Les didascalies, nombreuses, aident à la mise en scène, à la gestuelle. Elles permettent aussi d’orienter la lecture.

Pourquoi ?
Pour montrer une relation maître valet plus problématique, moins schématique qu’elle ne le semble.

Problématique : comment se distingue la relation maître valet.

Introduction

Scène d’exposition, présente les personnages, leur lien, les évènements à venir qui doivent accrocher le spectateur, éveiller son intérêt. Dans cet extrait, les personnages nous sont présentés à travers leur vie quotidienne, leurs rapports également. Dans un échange domestique maître, il serait possible d’imaginer une relation simple : le maître commande à l’esclave. Pourtant, cette relation semble plutôt troublée par le texte. Il serait dès lors intéressant de nous interroger sur cette relation entre maître et valet en étudiant l’univers de violence, puis sa tension progressive pour enfin nous intéresser à la mise en scène de la relation.

I) Un univers de violence

La relation entre les deux personnages nous est donnée dès le départ avec, dans l’indication scénique, la mention « la chambre de Madame » qui nous situe le lieu, un intérieur bourgeois, une pièce dévolue à une personne, et le statut social « Madame » (statut renforcé par la majuscule au mot et la présence des « fleurs à profusion »). Autre indice, la mention de la « petite robe noire de domestique ». Les rangs sociaux, les places de chacun sont ainsi clairement désignés.
Dans ce monde clos, l’univers dominant est celui de la violence. Elle se concentre d’abord sur l’aspect domestique.

Des reproches de circonstances

Ce sont ainsi des reproches incessants par rapport au travail qui tiennent le fond de la scène, des reproches que nous pourrions dire attendus tant ils sont supposés être la marque d’une tension peut-être habituelle, ici portée à leur paroxysme. Pourtant, lorsque Solange répète encore ce qu’elle estime être des habitudes acquises, elle marque tant sa supériorité hiérarchique que sa domination intellectuelle. « Ces‭ ‬éternels gants‭ ! ‬Je t’ai dit souvent de les laisser‭ ‬à‭ ‬la cuisine‭. », « Quand comprendras-tu », ou la répétition « Tout‭, ‬mais tout ‭ ! », l’emploi de l’exclamation « Mais cesse ‭ !‬ » traduisent de fait l’exaspération : celle, compréhensive, d’une femme lassée de devoir se répéter. Celle, aussi, plus ambigüe, d’une maîtresse qui aime à souligner l’incompétence décidée de l’autre. « Je vous ai dit‭, ‬Claire‭, ‬d‭’‬éviter les crachats » sonne de même comme un leitmotiv, un reproche maintes et maintes fois répétés, une lassitude donc, mais aussi une supériorité de celle qui juge les actions de l’autre. Par l’ironie, « Et surtout ne te presse pas‭, ‬nous avons le temps‭. », elle écrase de même l’autre par sa domination, intellectuelle, réfléchie.

Avec sa remarque, « Pensez-vous qu’il me soit agréable de me savoir le pied enveloppé‭ ‬par les voiles de votre salive ‭ ? ‬ » elle démontre enfin une supériorité intellectuelle teintée de sensibilité ; la femme qui réfléchit à ce que l’action de l’autre comporte, aussi, comme inconvénients, celle qui a donc plus de recul. « Par la brume de vos marécages‭ ? »‬ ne relève cependant plus du reproche mais de l’observation cruelle, métaphorique, en même temps qu’inutile. Et dans cette relation, l’utilisation de la parole se constitue en arme.

Une défense d’attaque

La parole de Claire, la maîtresse des lieux, nous permet en effet d’affiner la nature de cette relation. S’adressant à sa domestique, elle lui reproche ainsi immédiatement et dès les premiers mots (nous sommes dans la scène d’exposition) de ne pas prendre soin de ses affaires, en l’occurrence ses « gants ». Elle exprime ensuite sa répugnance devant l’habitude de la servante d’utiliser sa salive pour lustrer les chaussures mais montre ici une attitude composée de plusieurs sentiments négatifs. D’abord, en lui rappelant son dégoût donc, avec des propos agressifs : « ‬Qu’ils dorment en vous‭, ‬ma fille‭, ‬qu’ils y croupissent‭ », qui renvoient une violence supposée à son émetteur. Par sa pointe, « Ceux que vous convoitez depuis‭ ‬des années » elle sous-entend à la fois qu’elle comprend les intentions de l’autre et, en même temps, se montre peu respectueuse. « (‬Avec beaucoup d’hypocrisie‭.) » indique la didascalie, nous signalant qu’elle en est, de plus, pleinement consciente.

Nous sommes donc dans une relation où la violence de l’autre, violence supposée, est l’occasion d’en exercer une autre, marquée, réelle. Une contre-offensive en quelque sorte qui se pose déjà, qui suppose, qui agit avant même que l’autre ne parle, le tout sur des suppositions, ou une connaissance intuitive de l’autre. Ou une observation réelle dont nous n’avons, alors, que les balbutiements. Reste la violence verbale et la diversité de ses manifestations, sa progression aussi.

II) Une violence en tension progressive

Cette violence est en effet, toujours sur le mode du doute et de la suspicion, une violence multiforme, totale, qui prend acte et forme de gradation.

L’individu derrière la fonction

La remarque presque dite avec légèreté, « C’est avec‭ ‬ça‭, ‬sans doute‭, ‬que tu espères séduire le laitier‭. », remarque qui reviendra plusieurs fois, est l’indice d’un point culminant de tension. Elle connaît en effet une progression puisque de l’intention « tu espères », nous passons au fait presque avéré, « Avouez qu’il vous a séduite‭ ! ‬Que vous‭ ‬êtes grosse‭ ! », voire même aux conséquences déjà constatées dans leur progression, leur futur « Ce jeune laitier ridicule vous méprise‭, ‬et s’il vous a fait un gosse‭...‬ ». Si une nouvelle fois l’attaque se base, au départ, sur des intentions portées à l’autre, elle les dépasse cependant et manifeste la volonté d’écraser l’autre, de remettre en cause son physique, son attitude en dehors du service, donc de toucher à la personne derrière le statut, de s’en prendre à l’individu dans sa vie privée et dans son aspect. Il s’agit là d’une atteinte directe, violente qui dépasse la relation maître valet, le quotidien et le service, pour cerner le lien entre individus, personnes, dans une relation privée, privilégiée ou qui devrait être perçue comme telle.

La relation maître valet en contraste

Ces reproches sont également accompagnés de commentaires peu flatteurs. « vous‭ ‬êtes hideuse‭, ‬ma belle » avec ici un oxymore qui traduit peut-être une sorte de rivalité ou du moins s’efforce de restituer le malaise de la relation. Le crachat peut en effet aussi être interprété comme une réponse métaphorique de la servante envers la violence de son employeur donc qu’une réponse est possible. Traduit sous forme de geste, un geste mécanique, appris, banal, le crachat représente aussi une forme de résistance, notamment dans l’acte de répéter. Par son silence, son refus de répondre par l’acte verbal, la soumission de Claire n’est peut-être ainsi qu’apparente, elle est symbole manifeste de résignation et, en même temps, de position ferme, voire de réponse ou de résistance, donc, et également par son silence. Une forme de sagesse opposée à la supériorité affichée de Solange. Sur un plan métaphorique suggéré par la pièce, une relation larvée est ainsi installée, au-delà de la domination manifeste de Solange.

Les relations s’avèrent donc remarquables par les propos employés qui témoignent d’une situation tendue, faite de domination, voire de rivalité. Cependant, le jeu théâtral contribue aussi à caractériser cette relation particulière.

III) Mise en scène de la relation

Les didascalies, ainsi, participent à l’élaboration d’une mise en scène de la relation.

Présentation des personnages

Sur le plan de la mise en scène, elles indiquent la place de l’acteur, le jeu à adopter « CLAIRE‭, ‬debout‭, ‬en combinaison‭, ‬tournant le dos‭ ‬à‭ ‬la coiffeuse‭.‬—Son geste‭ ‬—‭ ‬le bras tendu et le ton seront d’un tragique exaspéré‭.‬ », elles sont donc des apports précieux pour l’acteur. Lues, elles apportent un effet d’étrangeté à la scène, nous rappelant qu’il s’agit justement d’acteur, « L’actrice qui joue Solange », et par là-même d’un jeu. Mais ici, se détache un jeu dans le jeu, le jeu de la relation dominant / dominé qui peut se renverser. L’indication scénique acquiert donc une autre fonction plus symbolique, elle est ce qui alerte sur une situation étrange.

De la même façon, une indication en apparence anodine comme « (‬Elle prononce‭ ‬tillol‭.)‬‭ » peut s’interpréter pour son côté pratique, comment l’acteur doit prononcer le mot. Mais elle traduit également le niveau social de celle dont le langage, la prononciation, ne sont pas corrects, par rapport à ceux de Solange. La nuance est ici possible, le langage de Claire peut aussi être celui de la « normalité » en opposition à un langage mondain, trop affecté. Il est aussi à mettre en relation avec un pays, un milieu, pour être mieux comparé. Reste que cette didascalie marque ici le niveau social à qui s’oppose la supériorité (sociale) de la femme de rang dont les gestes sont aussi, et plus amplement, déployés « Elle respire les fleurs‭, ‬caresse les objets de toilette‭, ‬brosse ses cheveux‭, ‬arrange son visage‭.‬ ». Cette seule indication scénique, par sa longueur, nous démontre l’attachement du dramaturge à mettre en relief mais aussi à, peut-être, trop appuyer sur la composition du personnage pour qu’il ne soit justement qu’une seule gestuelle d’actuelle. Le geste ici serait celui de la scène mais également une personnalité traduite dans l’attitude, qui reste donc à décoder.
Notons enfin que cet appui sur des actions marque aussi la superficialité de ces gestes, le soin pris à des petits gestes sans importance réelle, ‬‭(‬Elle se mire encore‭.)‬‭, qui ne visent que la satisfaction personnelle. En regard, les gestes de celui qui travaille.

Ces indications scéniques se dévoilent donc précieuses pour les acteurs mais elles ne sont pas que cela, elles dévoilent aussi un personnage pris dans l’action de la pièce au-delà de la représentation ou en dedans de la représentation scénique, un peu comme si l’auteur voulait nous faire nous, lecteur, entrer dans sa pièce pour y découvrir non pas les coulisses mais l’inconscient d’un acteur devenu personnage devenu personne ou presque. Et si l’acteur devient personnage qui agit, le comportement entre les personnages devient une intéressante façon d’en observer les rouages, d’en déterminer les mécanismes.

Relation entre les personnages

La relation avec les personnages ainsi se déduit également, comme une suite logique, par les didascalies. Les attitudes nous ramènent encore à une relation de domination qui, pourtant, réserve des surprises. Si dans un premier temps Claire semble marquer le pas en affirmant sa supériorité « (‬Elle tend son pied que Solange examine‭.) », nous pouvons cependant remarquer que cette didascalie apporte aussi un autre éclairage. C’est en effet Solange qui est mentionnée, le prénom de Claire n’apparaissant pas. Et c’est Solange qui effectue le geste d’ « [examiner] », c’est-à-dire de faire acte, de prendre soin de également, d’agir face à la passivité, nous l’avons dit, mais également d’être utile, et, par cette utilité justement, de dépasser son statut de servante, de devenir celle qui effectue les gestes indispensables donc s’avère peut-être la seule indispensable. Elle est aussi la personne de confiance, et celle à qui l’on peut faire confiance. Son statut, s’il demeure celui d’une domestique, prend moralement une autre dimension. Dans cette didascalie, « SOLANGE‭, ‬à‭ ‬genoux et très humble‭.‬ », l’insistance sur l’humilité apparaît comme suspecte, elle est l’indice d’une trop grande soumission pour être réelle, un jeu théâtral aussi, un jeu dans le jeu encore. De la même façon, lorsque l’indication scénique précise « Solange change soudain d’attitude et sort humblement‭, ‬tenant du bout des doigts les gants de caoutchouc‭. » ‬nous ressentons qu’il s’agit d’un jeu qui n’est plus celui du théâtre mais bien de l’attitude, une attitude qui consiste à modifier son comportement pour l’adapter à ce qui est attendu, mais aussi à cacher ce qui est ressenti, à masquer, comme le ferait un acteur utilisant son masque…

Lorsque les didascalies précisent enfin, tout naturellement, le geste de la domestique, un geste anodin pour cet emploi, nous l’avons dit, « Solange s’accroupit sur le tapis et‭, ‬crachant dessus‭, ‬cire des escarpins vernis‭.‬ », nous entendons aussi qu’il n’est pas si innocent dans cet emploi, qu’il fait montre d’une rébellion cachée sous le geste de la soumission et du travail domestique, une façon non plus de masquer mais de démasquer à l’inverse, tout en masquant... Cette dernière didascalie « (‬Avec beaucoup d’hypocrisie‭.) » serait peut-être plutôt alors le fait de Claire que de Solange.
Les didascalies nous éclairent ainsi sur une autre facette de leur emploi possible. Indications scéniques, elles sont ce qui guide l’acteur. En fonction externe à la scène, elles sont aussi ce qui permet de décoder une relation, celle qui est montrée sur scène et démontrée peut-être différemment par les didascalies à mesure que la scène se dévoile et ne dévoile la relation plus complexe entre les personnages.

Conclusion

Dans cette scène d’exposition, la relation maître/valet s’effectue sur le mode de la violence. Violence supposée, fantasmée contre laquelle agissent les mots. Violence contre la personne également, au-delà du statut, à mesure que ce statut social se creuse, accentuant cet autre aspect, plus attendu, de la relation. Pourtant, à mesure que les mots s’étudient, un renversement s’effectue : celui qui dominait, socialement, intellectuellement peut-être et de par sa position, rencontre une opposition discrète mais réelle, dévoilant un subtil jeu de relation dans le jeu. Par l’apport des didascalies en effet, de la participation à la mise en scène, nous entrons dans la composition, découvrant alors un mécanisme complexe de domination latente/manifeste. La scène ainsi masque et dévoile une relation à l’autre sous le signe de la domination. Et peut-être avant tout celle des mots, celle du jeu, celle du dramaturge.

Crédits photo : International Progress Organization — http://i-p-o.org/genet.htm, CC BY-SA 3.0, $3


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