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Balzac, "Le Père Goriot", incipit, texte et commentaire

mercredi 29 avril 2020, par Corinne Godmer impression

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Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs analyses de texte.


" LE PÈRE GORIOT

AU GRAND ET ILLUSTRE GEOFFROY SAINT-HILAIRE,
Comme un témoignage d’admiration de ses travaux et de son génie.
de balzac.

Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marcel. Cette pension, connue sous le nom de la maison Vauquer, admet également des hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que jamais la médisance ait attaqué les mœurs de ce respectable établissement. Mais aussi, depuis trente ans, ne s’y était-il jamais vu de jeune personne, et, pour qu’un jeune homme y demeure, sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension. Néanmoins, en 1819, époque à laquelle ce drame commence, il s’y trouvait une pauvre jeune fille. En quelque discrédit que soit tombé le mot drame par la manière abusive et tortionnaire dont il a été prodigué dans ces temps de douloureuse littérature, il est nécessaire de l’employer ici : non que cette histoire soit dramatique dans le sens vrai du mot ; mais, l’œuvre accomplie, peut-être aura-t-on versé quelques larmes intra muros et extra. Sera-t-elle comprise au delà de Paris ? Le doute est permis. Les particularités de cette Scène pleine d’observations et de couleur locale ne peuvent être appréciées qu’entre les buttes Montmartre et les hauteurs de Montrouge, dans cette illustre vallée de plâtras incessamment près de tomber et de ruisseaux noirs de boue ; vallée remplie de souffrances réelles, de joies souvent fausses, et si terriblement agitée, qu’il faut je ne sais quoi d’exorbitant pour y produire une sensation de quelque durée. Cependant il s’y rencontre çà et là des douleurs que l’agglomération des vices et des vertus rend grandes et solennelles : à leur aspect, les égoïsmes, les intérêts s’arrêtent et s’apitoient ; mais l’impression qu’ils en reçoivent est comme un fruit savoureux promptement dévoré. Le char de la civilisation, semblable à celui de l’idole de Jaggernat, à peine retardé par un cœur moins facile à broyer que les autres et qui enraie sa roue, l’a brisé bientôt et continue sa marche glorieuse. Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre d’une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : « Peut-être ceci va-t-il m’amuser. » Après avoir lu les secrètes infortunes du père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettant votre insensibilité sur le compte de l’auteur, en le taxant d’exagération, en l’accusant de poésie. Ah ! sachez-le : ce drame n’est ni une fiction ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être.

La maison où s’exploite la pension bourgeoise appartient à madame Vauquer. Elle est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l’endroit où le terrain s’abaisse vers la rue de l’Arbalète par une pente si brusque et si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement. Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces rues serrées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du Panthéon, deux monuments qui changent les conditions de l’atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles. Là, les pavés sont secs, les ruisseaux n’ont ni boue ni eau, l’herbe croît le long des murs. L’homme le plus insouciant s’y attriste comme tous les passants, le bruit d’une voiture y devient un événement, les maisons y sont mornes, les murailles y sentent la prison. Un Parisien égaré ne verrait là que des pensions bourgeoises ou des institutions, de la misère ou de l’ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse contrainte à travailler. Nul quartier de Paris n’est plus horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop préparer l’intelligence par des couleurs brunes, par des idées graves ; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux Catacombes. Comparaison vraie ! Qui décidera de ce qui est plus horrible à voir, ou des cœurs desséchés, ou des crânes vides ?

La façade de la pension donne sur un jardinet, en sorte que la maison tombe à angle droit sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où vous la voyez coupée dans sa profondeur. Le long de cette façade, entre la maison et le jardinet, règne un cailloutis en cuvette, large d’une toise, devant lequel est une allée sablée, bordée de géraniums, de lauriers-roses et de grenadiers plantés dans de grands vases en faïence bleue et blanche. On entre dans cette allée par une porte bâtarde surmontée d’un écriteau sur lequel on lit : MAISON VAUQUER et en dessous : Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Pendant le jour, une porte à claire-voie, armée d’une sonnette criarde, laisse apercevoir au bout du petit pavé, sur le mur opposé à la rue, une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier. Sous le renforcement que simule cette peinture s’élève une statue représentant l’Amour. A voir le vernis écaillé qui le couvre, les amateurs de symboles y découvriraient peut-être un mythe de l’amour parisien qu’on guérit à quelques pas de là. Sous le socle, cette inscription à demi effacée rappelle le temps auquel remonte cet ornement par l’enthousiasme dont il témoigne pour Voltaire, rentré dans Paris en 1777 :

Qui que tu sois, voici ton maître :
Il l’est, le fut, ou le doit être.

À la nuit tombante, la porte à claire-voie est remplacée par une porte pleine. Le jardinet, aussi large que la façade est longue, se trouve encaissé par le mur de la rue et par le mur mitoyen de la maison voisine, le long de laquelle pend un manteau de lierre qui la cache entièrement et attire les yeux des passants par un effet pittoresque dans Paris. Chacun de ces murs est tapissé d’espalier et de vigne dont les fructifications grêles et poudreuses sont l’objet des craintes annuelles de madame Vauquer et de ses conversations avec les pensionnaires. Le long de chaque muraille règne une étroite allée qui mène à un couvert de tilleuls, mot que madame Vauquer, quoique née de Conflans, prononce obstinément tieuilles, malgré les observations grammaticales de ses hôtes. Entre les deux allées latérales est un carré d’artichauts flanqué d’arbres fruitiers en quenouille, et bordé d’oseille, de laitue ou de persil. Sous le couvert de tilleuls est plantée une table ronde peinte en vert, et entourée de sièges. Là, durant les jours caniculaires, les convives assez riches pour se permettre de prendre du café viennent le savourer par une chaleur capable de faire éclore des œufs. La façade, élevée de trois étages et surmontée de mansardes, est bâtie en moellons et badigeonnée avec cette couleur jaune qui donne un caractère ignoble à presque toutes les maisons de Paris. Les cinq croisées percées à chaque étage ont de petits carreaux et sont garnies de jalousies dont aucune n’est relevée de la même manière, en sorte que toutes leurs lignes jurent entre elles. La profondeur de cette maison comporte deux croisées qui, au rez-de-chaussée, ont pour ornement des barreaux en fer grillagés. Derrière le bâtiment est une cour large d’environ vingt pieds, où vivent en bonne intelligence des cochons, des poules, des lapins, et au fond de laquelle s’élève un hangar à serrer le bois. Entre ce hangar et la fenêtre de la cuisine se suspend le garde-manger au-dessous duquel tombent les eaux grasses de l’évier. Cette cour a sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève une porte étroite par où la cuisinière chasse les ordures de la maison en nettoyant cette sentine à grand renfort d’eau, sous peine de pestilence.
Naturellement destiné à l’exploitation de la pension bourgeoise, le rez-de-chaussée se compose d’une première pièce éclairée par les deux croisées de la rue, et où l’on entre par une porte-fenêtre. Ce salon communique à une salle à manger qui est séparée de la cuisine par la cage d’un escalier dont les marches sont en bois et en carreaux mis en couleur et frottés. Rien n’est plus triste à voir que ce salon meublé de fauteuils et de chaises en étoffe de crin à raies alternativement mates et luisantes. Au milieu se trouve une table ronde à dessus de marbre Sainte-Anne, décorée de ce cabaret en porcelaine blanche ornée de filets d’or effacés à demi que l’on rencontre partout aujourd’hui. Cette pièce, assez mal planchéiée, est lambrissée à hauteur d’appui. Le surplus des parois est tendu d’un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont coloriés. Le panneau d’entre les croisées grillagées offre aux pensionnaires le tableau du festin donné au fils d’Ulysse par Calypso. Depuis quarante ans, cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient supérieurs à leurs position en se moquant du dîner auquel la misère les condamne. La cheminée en pierre, dont le foyer toujours propre atteste qu’il ne s’y fait de feu que dans les grandes occasions, est ornée de deux vases pleins de fleurs artificielles, vieillies et encagées, qui accompagnent une pendule en marbre bleuâtre du plus mauvais goût. Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu’il faudrait appeler l’odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d’une salle où l’on a dîné ; elle pue le service, l’office, l’hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l’on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh bien, malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l’être un boudoir. Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd’hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bord bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses de chaque pensionnaires. Il s’y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l’appétit, toutes encadrées en bois noir verni à filets dorés ; un cartel en écaille incrustée de cuivre ; un poêle vert, des quinquets d’Argand où la poussière se combine avec l’huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu’un facétieux externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l’intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge est plein de vallées produites par le frottement ou par les mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une misère économe, concentrée, râpée. Si elle n’a pas de fange encore, elle a des taches ; si elle n’a ni trous ni haillons, elle va tomber en pourriture".

Commentaire - Plan possible
Introduction :
- Situation du roman dans l’œuvre
- Il s’agit de l’incipit, lieu où l’intérêt du lecteur doit être à la fois « capté » par la richesse des possibles romanesques et renseigné pour comprendre les prémices de l’intrigue.
- Dans cet extrait, Balzac aiguise l’intérêt du lecteur en proposant de fausses pistes. Il joue avec les attentes du lecteur par un incipit complexe qui fait alterner description d’un décor, début d’intrigue et réflexion théorique sur l’écriture romanesque.
- Problématique
- Annonce du plan

Commencement classique dans le récit balzacien : association d’un personnage et de son habitation

Problématique  : En quoi cet incipit est-il le lieu d’une réflexion sur les possibilités du roman ?

I) Un incipit plein de possibles romanesques
a) les fausses pistes et le jeu avec les attentes du lecteur

- construction complexe de l’incipit : notations topographiques, puis notations sociologiques ; une digression sur la réception et la poétique ; un tableau moral de Paris ; le retour au quartier et à la pension.
- jeu de fausses pistes sur qui sera le personnage principal : Mme Vauquer, jeune homme, jeune fille ? Précision sur un début d’intrigue éventuel : « pour qu’un jeune homme y demeure, sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension ». Le lecteur s’attend donc au schéma suivant : un jeune homme pauvre arrive dans la pension. Mais fausse piste, c’est une jeune fille dont il est question ensuite : « Néanmoins, en 1819, époque à laquelle ce drame commence, il s’y trouvait une pauvre jeune fille » (Précision sur la date : 1819, au début de la Restauration (1815-1830), période honnie par Balzac. Précision sur le genre : « un drame ». Il ne s’agit pas ici du terme théâtral, mais d’une indication générique tout de même sur le registre romanesque et peut-être réactivation du sens premier d’« action », c’est-à-dire Drama, en grec, action. Balzac écrit en pleine floraison du drame romantique qu’il trouva toujours exagéré.) : ce sera donc une héroïne finalement .

b) le jeu des implicites
- topographie (Étude des noms de lieux) : obscurité, isolement, pauvreté, marqué par le lexique

- toponymie : puissance évocatrice des noms de rue et de personnages

- tableau de Paris négatif : délabrement du quartier est l’indice d’un délabrement moral.
Situation topographique, les rues sont nommées, « rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau » avec deux connotations pour le lecteur : le quartier latin, quartier des étudiants, de la Sorbonne, des bibliothèques. Le faubourg, avec le peuple ouvrier perçu comme une menace. Il s’agit donc un quartier jeune, gai, à cause des étudiants, mais également pauvre et frangé.
Délimitation géographique précise : « qu’entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de Montrouge ». Montmartre et Montrouge, faubourgs populaires, délimitent Paris intra muros au nord et au sud, entre lesquels on trouve les beaux quartiers, riches, historiques. Ces quartiers populaires (dont fait partie la pension Vauquer) sont marqués par le négatif, la pauvreté, la saleté, elle-même reflet de la misère morale.

c)la présence de l’auteur-narrateur
- l’ironie balzacienne (références au drame romantique ; allusion autobiographique ; allusion historique)

- l’adresse au lecteur, captatio benevolentiae
Adresse au lecteur, sorte de captatio benevolentiae (Attirer la bienveillance du lecteur), qui met curieusement le lecteur au rang des individualistes insensibles parisiens que l’auteur vient de fustiger… « vous dînerez avec appétit ; votre insensibilité ». Lâcheté du lecteur qui accuse l’auteur « sur le compte de ; taxant ; accusant ». Retour sur la poétique romanesque : ce livre n’est pas pur divertissement (« m’amuser »), ni simple invention (« poésie ») : « ce drame n’est ni une fiction, ni un roman », avec rejet ostensible des étiquettes génériques dont Balzac a toujours eu peur. Mot d’ordre, art poétique, déclaration de principe réaliste. Le réalisme c’est l’identification possible entre le lecteur et le personnage « chacun peut en reconnaître les éléments chez soi ».

II) La profession de foi réaliste
a) l’illusion réaliste : précision topographique et toponymique

L’illusion réaliste joue ici : présentation du personnage et du lieu de façon assez précise (situation topographique puis sociologique). Tout est promesse d’intrigue romanesque au lecteur qui décode.
- Mme Vauquer : patronyme populaire, inélégant, qui contraste avec le titre ronflant du nom de jeune fille « née de Conflans » (mésalliance, un orgueil blessé). Son âge n’est pas mentionné mais quelques indications ; « vieille dame ; depuis 40 ans » nous indiquent qu’elle a au moins 60 ans.
- Précision géographique et toponymique : « rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau » : deux connotations pour le lecteur : le quartier latin, autour de la montagne Sainte-Geneviève, c’est le quartier des étudiants, des collèges, de la Sorbonne, des bibliothèques. Le faubourg, c’est le peuple ouvrier, ressenti comme dangereux, menaçant, miséreux. Donc un quartier jeune, gai à cause des étudiants mais pauvre et frangé.
- L’objectif se resserre, du quartier à la pension en elle-même mais au lieu de la description attendue, apparaît une insistance sur le patronyme « connue sous le nom de Maison Vauquer » et la précision sociologique, marquée par la diversité : « hommes, femmes, jeunes gens, vieillards » qui marque un brassage étonnant. La notation est ironique (indice de la présence du narrateur rapporteur dans le « on-dit ») : « sans que jamais la médisance ait attaqué les mœurs de ce respectable établissement ». S’agit-il d’une allusion à une possible prostitution ou à la concupiscence d’hôtes si divers ?« Respectable » le mot bourgeois par excellence et le mot préféré de Mme Vauquer.
- Le « Mais aussi » semble introduire une amorce d’intrigue mais contredit en fait de façon ironique la respectabilité ci-devant attestée : « aussi depuis 30 ans ne s’y est-il jamais vu de jeune personne » : s’il n’y a pas eu d’histoires d’amour à la pension Vauquer, c’est que les personnes sont âgées, avec association entre la jeunesse et le romanesque.

b) progression du quartier, à la rue, à la façade, à l’intérieur = organisation rigoureuse

c) tableau de Paris
Construit sur un contraste : Paris est agité, emporté dans une course au progrès et à l’argent et détruit tout sur son passage : « il faut je ne sais quoi d’exorbitant pour y produire une sensation de quelque durée ». L’individualisme empêche de voir les misères d’autrui. Mais l’histoire du Père Goriot est tellement hyperbolique dans son horreur qu’elle a des chances de retenir l’attention du lecteur pressé et blasé.
Description de Paris comme un amas de vices et de douleurs, « un bourbier » dira Vautrin plus loin : « agglomération des vices et des vertus ; des douleurs […] grandes et solennelles ; les égoïsmes, les intérêts ». Mais tout est fugitif et même la pitié ne dure pas, voir lexique de l’éphémère : « quelque durée ; fruit savoureux promptement dévoré ; à peine retardé ; bientôt ; marche glorieuse » qui va de pair avec le lexique de la destruction, introduit par l’allégorie du progrès en « char de la civilisation » qui détruit tout « cœur moins facile à broyer ; enraye sa roue ; brisé » et la comparaison à « l’idole de Jaggernaut » (voir note : ville de l’Inde ; on y promène une idole de Vichnou et les fidèles se jettent sous le char pour se faire écraser par les roues). La présentation du progrès vu par Balzac comme destructeur est évidemment ironique alors qu’il est sensé amener paix et harmonie. Notons de plus que le souvenir de Napoléon –autre possible conducteur de char militaire et idole de la jeunesse de 1820- n’est pas loin et que c’est au nom du progrès et de la civilisation qu’il entreprit la conquête de l’Europe.

III) Une réflexion sur l’écriture
a) le souci de définir le drame.

Digression de l’auteur sur le sens du mot « drame » et donc art poétique du roman balzacien : « dramatique dans le vrai sens du mot », il ne s’agit donc pas du drame théâtral, qui mêle les registres comique et tragique ; mais du registre « dramatique », qui émeut, qui suscite pitié et compassion par la représentation d’actions édifiantes (drama= action en grec) : « quelques larmes ». Précision sur la teneur du drame, avec le lexique du théâtre « scène pleine d’observations et de couleurs locales ».

b) le rejet des genres : « ni fiction, ni roman »
Le lecteur doit se reconnaître

c) une réflexion sur le lectorat et la peur d’être mal lu : un roman essentiellement parisien


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